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Afrikaner (peuple)

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Pour les articles homonymes, voir Afrikaner.
Afrikaners
Andries Pretorius
Andries Pretorius
Population totale
3 millions
Populations significatives par régions
Afrique du Sud, Namibie
Langues
Afrikaans
Religions
Protestant, Calvinisme
Groupes ethniques reliés
Néerlandais, Flamand, Germanophones; Wallons, Français, Métis, Basters
Voir aussi : Liste

Un Afrikaner est un Sud-Africain d?origine néerlandaise, française, allemande et/ou scandinave qui s?exprime dans une langue dérivée du néerlandais du XVIIe siècle : l?afrikaans.

Le concept d'Afrikaner a pris son sens actuel au 18ème siècle en réservant exclusivement son application aux descendants de ces colons blancs, nés en Afrique du Sud depuis l'établissement au Cap, en 1652, d'une colonie par la compagnie néerlandaise des Indes orientales[1].

Les Afrikaners proprement dits ne sont qu?un des peuples de langue afrikaans, bien qu?ils soient à l?origine de l?introduction de cette langue en Afrique du Sud. On écrit encore parfois Afrikaander ou plus rarement Afrikander. Ces termes utilisés dans cette langue et qui signifient littéralement « Africains » en afrikaans, désignent ainsi principalement les Africains blancs d?Afrique du Sud de langue maternelle afrikaans. On peut aussi les désigner par le terme « Hollandais du Cap » qui est plus précis que le terme d?« Afrikaner » qui signifie simplement « africain » en langue afrikaans. L?Afrikaans est la seule langue de racine germanique avec l'Allemand Pennsylvanien (Pennsilfaanisch) hors du continent européen.

Sommaire

[] Origine et sens du mot

Le Voortrekker Monument de Pretoria, monument symbolique du nationalisme afrikaner
Le Voortrekker Monument de Pretoria, monument symbolique du nationalisme afrikaner
Relief en marbre du Voortrekker Monument retraçant l?histoire des Boers -Afrikaners durant le Grand Trek
Relief en marbre du Voortrekker Monument retraçant l?histoire des Boers -Afrikaners durant le Grand Trek

Le terme « Afrikaner » apparait au début du XVIIIe siècle et a supplanté celui de Boer au XXe siècle. Le premier témoignage de son utilisation est attribué à Hendrik Bibault en 1707, arrêté pour scandale public et condamné au fouet. Il rétorqua au Landrost qui venait de le condamner et de lui infliger ce châtiment : « Ek been ein Afrikaaner ! » (« Je suis un Afrikaner ») et il ajouta : « Peu importe que le Landrost me condamne au fouet, je ne me tairai pas ».

Il s?agit là de la première marque de distinction entre colons de souche sud-africaine et ceux nés en Europe. Les premiers sont irrémédiablement attachés à l?Afrique et ne se reconnaissent plus dans la lointaine Europe. Revendiquant leur identité africaine, les Burghers (citoyens libres par opposition aux fonctionnaires de la compagnie néerlandaise des indes orientales) puis les Trekboers (ceux s?éloignant du Cap) et enfin les Voortrekkers vont s?enraciner dans la terre africaine et s?identifier à une géographie précise au nom de leur africanité. Cette identité ethnique va s?affirmer évidemment par rapport aux autres en les excluant, qu?ils soient de souche britannique ou de souches africaines et de race noire[2].Populations significatives par régions

La construction d?un groupe homogène afrikaner s?est globalement appuyé sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple élu et les autres. Ainsi, la première publication en afrikaans date de 1795. Il s?agissait d?un poème satirique concernant l?occupation britannique de la colonie du Cap. Au XIXe siècle, l?identité des Boers-Afrikaners s?affirme à travers l?usage de cette langue. À côté de l?afrikaans, la désignation des Afrikaners comme peuple élu par les théologiens des églises réformées a constitué le paradigme central de l?histoire sud-africaine des Afrikaners.

Cependant, ces deux facteurs culturels unificateurs qui les distinguaient des autres communautés du pays n?étaient cependant pas suffisant à effacer les différences abyssales entre les fermiers du Transvaal et les hommes d'affaires afrikaners du Cap[3].

Il fallait une trame commune du passé pour unir les Afrikaners vers une même destinée car au départ, le sens du mot Afrikaner diffère selon qu'on est au Cap ou au Transvaal. Si au Cap, il désigne un individu blanc d'origine néerlandaise qui ne parle que l'afrikaans, rejettant ainsi la catégorie des métis, sa définition peut se doubler d'une interprétation nationaliste plus large utilisée par l'AfrikanerBond pour désigner tout sud-africain affirmant une allégeance exclusive à l'Afrique du Sud. Au Transvaal par contre, le concept est restrictif puisqu'un Afrikaner ne peut être qu'un membre de l'Afrikanerdom, c'est à dire un participant du Grand Trek ou ses descendants [4].

L?histoire des Afrikaners s?est en fait forgé et continuellement référée à une représentation quasi-religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l?oppression des juifs dans l?ancien testament et l?exode des Afrikaners du Cap en 1835[5]. Le Grand Trek s'est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l?événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation[6].

Cartes des républiques boers du Transvaal et de l?État libre d'Orange
Cartes des républiques boers du Transvaal et de l?État libre d'Orange

Au début, il n?existe pas d?institutions ou de structures capables de faire évoluer ce sentiment d?appartenir à une communauté spécifique vers une forme plus moderne de nationalisme. Ce sentiment se limite à la perception d?une destinée commune et c?est à partir de 1875, consécutif à l?apparition des journaux en afrikaans puis du premier livre d?histoire des Afrikaners par Stephanus Jacobus Du Toit[7] en langue afrikaans, que se forge le mouvement identitaire afrikaner, sous l?effet et en réaction à l?impérialisme britannique et à son idéologie libérale[8].

Ainsi, les Afrikaners entrent dans l?histoire comme un peuple original et autonome de pionniers, simples et pieux, s?ouvrant une voie en Afrique du Sud avec leur fusil, leur bible, leur paire de b?ufs, leur grand chariot de bois transportant femmes, enfants, matériel agricole rudimentaire et tous leurs biens terrestres. Un chariot qui sert également d?abri, de moyens de transport et de forteresse contre les attaques ennemies[9],[10].

Si cette image des Afrikaners est d?abord dépassée par celle de peuple résistant et martyr des camps de concentration britannique de la guerre des Boers puis, après la Seconde Guerre mondiale, par celle qu?implique leur rôle dans la promotion de l?apartheid, elle n?en reste pas moins la référence primaire qui a fondé le sentiment d?appartenance identitaire de tout le peuple afrikaner.

Les Afrikaners vont longtemps se considérer comme les authentiques sud-africains, architectes de l?Afrique du Sud moderne, surnommant les blancs anglophones de « couilles salées »[11] (car ils auraient un pied en Afrique du Sud, un au Royaume-Uni et les parties dans l?Atlantique) alors que les non-blancs étaient relégués à des rôles subalternes, justifiés selon les plus fondamentalistes des Afrikaners par la malédiction de Cham (terme biblique concernant Ham fils de Noé).Populations significatives par régions.

[] Démographie et géographie

L?Afrique du Sud est le pays d?origine des Afrikaners
L?Afrique du Sud est le pays d?origine des Afrikaners
Représentation géographique de l?Afrique du Sud selon la proportion de locuteurs de langue afrikaans (indiqué en bleu)
Représentation géographique de l?Afrique du Sud selon la proportion de locuteurs de langue afrikaans (indiqué en bleu)

Plus de 3 millions de personnes dans le monde s?identifient en tant qu?Afrikaners, soit 60 % des 5 millions de Blancs d'Afrique du Sud.

Selon le recensement effectué en 2001, l?Afrique du Sud compte 2 536 906 personnes pouvant être assimilés à des Afrikaners (sur des critères combinant race blanche et langue maternelle afrikaans). Ces Afrikaners représentent plus de 60 % de la communauté blanche toute origine confondue résidant en Afrique du Sud. Il faut noter que le nombre de résidants blancs et Afrikaners dans ce pays ont diminué sensiblement depuis le recensement précédent de 1996[12]. Ainsi en 2006, l?Institut sud-africain des relations raciales (SAIRR) relevait que près d?un million de sud-africains blancs, représentant presque un quart du nombre total de blancs dans le pays, avaient quitté l?Afrique du Sud depuis 1994[13].

Géographiquement et pour des raisons historiques, la population afrikaner se répartit différemment selon les provinces :

  • Gauteng 1 003 860 soit 11,36 % de la population de la province
  • Cap-Nord 93 222 soit 11,33 % de la population de la province
  • Cap-Occidental 461 522 soit 10,42 % de la population de la province
  • État-Libre 214 020 soit 7,9 % de la population de la province
  • Nord-Ouest 218 611 soit 5,95 % de la population de la province
  • Mpumalanga 170 526 soit 5,46 % de la population de la province
  • Cap-Oriental : 148 809 soit 2,31 % de la population de la province
  • Limpopo 110 028 soit 2,08 % de la population de la province
  • KwaZulu-Natal 116 307 soit 1,22 % de la population de la province
La Namibie est le second pays où la communauté afrikaner est la plus représentée
La Namibie est le second pays où la communauté afrikaner est la plus représentée

Selon un recensement effectué en 2001, la Namibie compterait 133 324 locuteurs de langue afrikaans soit 9,5 % du total de la population [14]. Cette statistique comprend les communautés métis et noires qui ont fait de l?afrikaans leur langue maternelle. Sur les 8 % de blancs que compte le pays, plus de 60 % d?entre eux sont des Afrikaners contre 32 % de germanophones, 7 % d?anglophones et 1 % de lusophones. Les Afrikaners de Namibie résident essentiellement à Windhoek et dans le district de Karas.

Depuis les années 1980 et encore plus depuis 1994, de larges communautés de sud-africains blancs anglophones et Afrikaners expatriés se sont établis au Canada, au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande. De petites communautés d?Afrikaners résident également au Mozambique, au Botswana, au Lesotho, au Swaziland et au Zimbabwe.

La grande majorité de cette population est de religion chrétienne, protestante ou calviniste.

[] Historique

L?arrivée au Cap de Jan van Riebeeck en 1652
L?arrivée au Cap de Jan van Riebeeck en 1652
Un boer dans le veld sud-africain (1806)
Un boer dans le veld sud-africain (1806)
Une Hartebeesthut, maison de boue séchée, habitation des Trekboers dans le Karro
Une Hartebeesthut, maison de boue séchée, habitation des Trekboers dans le Karro

Les Afrikaners (d?abord appelés Boers) sont les descendants des colons d?origine hollandaise, allemande et française qui, à partir du XVIIe siècle, vont progressivement occuper la région du cap de Bonne-Espérance.

Le 6 avril 1652, au commandement de cinq navires de la VOC (nommés Reijer, Oliphant, Goede Hoop, Walvisch, Dromedaris), le capitaine Jan van Riebeeck débarque dans la baie de la montagne de la Table près de la péninsule du Cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud-ouest de l?Afrique. C?est avec 90 pionniers dont seulement 8 femmes qu?il fonde Le Cap, la cité-mère de la future République d?Afrique du Sud, alors simple comptoir commercial sur la route des Indes. Jan van Riebeeck ne devait pas établir une colonie mais un établissement relais pour les navires en route vers les Indes orientales. Néanmoins, pour augmenter la production agricole de la colonie afin de nourrir la population et assurer le ravitaillement des navires, il recommanda que des colons soient libérés de leurs obligations vis-à-vis de la compagnie et autorisés à s?installer comme fermier au Cap et à commercer. C?est en février 1657 que la compagnie délivra ainsi ses premières autorisations à neuf (ex-)employés pour s?établir librement le long de la rivière Liesbeek. Ceux-ci allaient créer une classe de propriétaire hollandais de fermiers libres (vrijburgher ou « francs-bourgeois ») appelés simplement burghers.

La société des Boers se développe d?abord dans le cadre d?une économie agricole, fondée sur la culture de la vigne et du blé et l?esclavage. En 1688, 238 huguenots chassés de France par la révocation de l?édit de Nantes, rejoignent les 800 habitants néerlandais de la colonie du Cap et développent la viticulture sur des terres riches en alluvion, dans la vallée d?Olifantshoek.

En 1706, les colons néerlandais expriment leur défiance pour la première fois envers le gouvernement colonial. Le jeune Hendrik Bibault refuse notamment publiquement d?obéir aux injonctions d?un juge argüant du fait qu?il n?était plus néerlandais mais africain (Afrikaner). La Compagnie décide alors de stopper l?immigration néerlandaise dans la colonie et d?imposer une administration civile, commerciale et fiscale de plus en plus procédurière afin de planifier l?économie locale. Cette politique restrictive encourage malgré elle l?esprit libertarien des colons libres et des paysans néerlandais natifs de la colonie, dorénavant appelés Boers. Ces derniers cherchent alors à échapper au contrôle de la Compagnie et franchissent ses frontières pour s?établir hors de sa juridiction. Ils refoulent les Hottentots et développent sur les étendues du Karoo une culture originale, fortement imprégnée de calvinisme et isolés des grands courants de pensée qui traversent l?Europe du XVIIIe siècle.

Les Boers finissent par rompre définitivement avec leurs racines européennes prônant entre eux un égalitarisme total et, au nom de leurs valeurs chrétiennes et protestantes, affirment leur supériorité sur les Noirs.

Des Trekboers traversant le désert du Karoo
Des Trekboers traversant le désert du Karoo
Carte indiquant par des flèches vertes les migrations des Afrikaners entre le XVIIe et le XIXe siècle et en vert les frontières successives de la colonie du Cap
Carte indiquant par des flèches vertes les migrations des Afrikaners entre le XVIIe et le XIXe siècle et en vert les frontières successives de la colonie du Cap

A partir de 1779, l?expansion des Boers est ralentie par les conflits qui se développent sur la frontière orientale avec les populations de langue bantou, les Xhosa, obligeant les autorités de la Colonie du Cap à intervenir en annexant de nouveaux districts et en imposant aux Boers de nouvelles frontières.

En 1795, une révolte boer à Graaff-Reinet contre les autorités coloniales tourne court et en 1806, les Britanniques succèdent aux Néerlandais au gouvernement de la colonie du Cap. Celle-ci s?étend alors sur 194 000 kilomètres carrés et compte un peu plus de 60 000 habitants dont quelques 25 000 Blancs, majoritairement des Boers d?origine franco-germano-néerlandaise, {15 000 Khoisans, 25 000 esclaves et un millier d?hommes libres (anciens esclaves libérés de leur servitude). Une étude portant sur les origines de la population afrikaner en 1807 répartissait celle-ci à l?époque en néerlandais (36,8%), états de langue allemande (35%), français (14,6%), non blancs (7,2%), autres (2,6%), indéterminés (3,5%) et britanniques (0,3%).

Au début du XIXe siècle, se cristallise dans la mentalité afrikaner, la prise de conscience d?un destin commun, favorisée par l?isolement géographique par rapport au pouvoir de la Colonie du Cap. Une culture spécifique émerge, fondée sur un dialecte, issus du Néerlandais : l?afrikaans, une religion : le calvinisme, un territoire : les vastes espaces du Karoo, et surtout l?intime conviction d?appartenir à un groupe privilégié comparable à celui des Hébreux de la Bible, dans le cadre d?une société encore esclavagiste.

Le Grand Trek des Afrikaners
Le Grand Trek des Afrikaners

La communauté afrikaner est néanmoins partagée entre un groupe urbanisé, sensible au prestige culturel des conquérants anglais, et un groupe rural, jaloux de son indépendance et de ses privilèges, hostile à la nouvelle administration britannique.

Sous l?influence des missions protestantes, les autorités britanniques prennent d?abord des mesures pour protéger les Métis et les Hottentots, notamment en imposant des contrats de travail ou en facilitant les recours judiciaires des salariés contre leurs employeurs. Un épisode va longtemps marquer les esprits de la communauté afrikaner et alimenter leur acrimonie envers les Britanniques. En 1815, un jeune Boer de l?intérieur, Frederic Bezuidenhout, est tué par un policier hottentot après avoir refusé d?obtempérer à une convocation judiciaire et résisté à son arrestation. Son frère parvint à soulever une soixantaine de fermiers, décidés à venger Frederic Bezuidenhout. Perçus comme des rebelles, ils sont pourchassés et acculés à la reddition. Jugés, cinq d?entre eux sont condamnés à mort et pendus à Slachters Neck, le 9 mars 1816. Quatre le sont d?ailleurs deux fois, la corde ayant rompu sous leurs poids.

En 1822, les autorités impériales retirent au néerlandais son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. Un processus d?anglicisation est en marche alors que le patois néerlandais, l?afrikaans, est dénigré. En 1828, l?anglais devient la seule langue officielle des affaires administratives et religieuses.

En 1833, après avoir reconnu l?égalité des droits entre Hottentots et blancs, les Anglais abolissent l?esclavage, provoquant ainsi l?exode d?une partie des éleveurs Afrikaners de la frontière. L?un de leurs chefs, Piet Retief, rédige un manifeste par lequel il énonce ses griefs contre l?autorité britannique, incapable de fournir la moindre protection aux fermiers dans les zones frontalières, injuste pour avoir émanciper les esclaves sans indemnisations équitables des propriétaires. Il termine en évoquant une terre promise où les boers seraient enfin libre.

Les républiques boers du XIXe siècle
Les républiques boers du XIXe siècle
L?armée des Boers en 1900 composée de commandos représentant parfois 3 générations
L?armée des Boers en 1900 composée de commandos représentant parfois 3 générations

À partir de 1835, les Trekboers franchissent le fleuve Orange et la chaîne du Drakensberg, et fondent au c?ur du pays zoulou la république de Natalia. Le massacre de Retief, de son fils et de ses compagnons par le roi zoulou Dingane est suivi du massacre de près de 300 civils boers (dont 41 hommes, 56 femmes et 185 enfants) à Blaauwkrans et Weenen. Le 16 décembre 1838, après avoir prêté un serment envers Dieu, quelques centaines de Boers remportent une victoire décisive sur les impies (régiments) zoulous du roi Dingane : c?est la bataille de Blood-River, fondement historique de la nation Afrikaner.

En 1843, chassés du Natal (république de Natalia) par les Britanniques, les Voortrekkers traversent de nouveau le Drakensberg, s?installent sur les plateaux austères du Veld, écrasent les Ndebele du chef Mzilikazi et asservissent les Sotho. Ainsi se constituent les républiques de l?État libre d?Orange et du Transvaal, dont les Anglais reconnaissent l?indépendance dans les années 1850. Ces républiques vont rester rurales et arriérées jusqu?aux découvertes minières (diamants en 1867, or en 1886) au c?ur du Transvaal, où va s?élever la métropole de Johannesbourg.

En 1875, Stephanus Jacobus Du Toit fait partie d?un groupe d?enseignants et de pasteurs de l?église réformée hollandaise qui forment à Paarl dans la colonie du Cap un mouvement de revendication culturel, "Die Genootskap van Regte Afrikaners" (l?« Association des vrais Afrikaners ») dont l?objectif est de défendre et d?imposer l?afrikaans au côté de l?anglais comme langue officielle de la colonie. Il s?agit pour eux de donner à la langue parlée par les paysans afrikaners ses lettres de noblesse et d?en faire un véritable outil de communication écrite[15].

En 1876, c?est à cette fin que le mouvement dirigé par Du Toit lance une revue en afrikaans, "Die Afrikaanse Patriot" dont S.J. du Toit devient le rédacteur en chef et dont la devise est "écrivez comme vous parlez". En publiant la prose des lecteurs du journal, Du Toit veut éveiller la conscience nationale des Afrikaners et les libérer de leur complexe d?infériorité culturelle face aux Anglais. Dès lors, la défense de la langue se confond avec celle de l?identité afrikaans[16].

La politique de terre brûlée pratiquée contre les fermes des Boers par les soldats britanniques
La politique de terre brûlée pratiquée contre les fermes des Boers par les soldats britanniques
Lizzie Van Zyl, enfant boer internée et morte dans le camp de concentration britannique de Bloemfontein durant la guerre des Boers
Lizzie Van Zyl, enfant boer internée et morte dans le camp de concentration britannique de Bloemfontein durant la guerre des Boers

En 1877, SJ Du Toit publie le premier livre d?histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaans, Die Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (L?Histoire de notre pays dans la langue de son peuple) qui s?apparente à un manifeste politique des Afrikaners imprégné de mysticisme. Il relate la lutte d?un petit peuple élu pour rester fidèle au dessein de Dieu, de la révolte de 1795 aux exécutions de Slagter's Neck en 1815, du Grand Trek de 1836 identifié à l?exode d?Égypte au meurtre de Piet Retief et au triomphe de Blood River[17].

Le mouvement identitaire afrikaner va être conforté par d?autres historiens comme George McCall Theal, un britannique natif du Canada. Il est l?un des premiers historiens à avoir examiné l?Afrique du Sud comme une nation et non comme un ensemble hétérogène de colonies distinctes[18]. Il va également idéaliser l?épopée du Grand Trek en mettant l?accent sur la main de Dieu[19].

A la fin des années 1880, le Transvaal entre brutalement dans l?ère du capitalisme industriel à la suite de la découverte de gigantesques gisements d?or dans le Witwatersrand. Des dizaines de milliers d?aventuriers et de prospecteurs, venant en majorité de Grande-Bretagne, affluèrent vers la région au grand dam des paysans boers et du président du Transvaal, Paul Kruger. Ces uitlanders (étrangers) dépassèrent rapidement en nombre les Boers sur le gisement central du Witwatersrand, tout en restant minoritaire sur l?ensemble du territoire de la république du Transvaal. Le gouvernement de Paul Kruger, agacé par leur présence, leur refusèrent le droit de vote et taxèrent lourdement l?industrie aurifère. Désireux de s?accaparer les gisements d?or autant que d?unifier toute l?Afrique du Sud sous l?Union Jack, les autorités britanniques du Cap sous l?égide de Cecil Rhodes provoquèrent une série d?incidents qui aboutirent en 1899 au déclenchement de la guerre anglo-boer.

Après des combats acharnés, le conflit se solde par la victoire du Royaume-Uni, par l?internement de 120 000 civils boers et la mort de plus de 27 927 d?entre eux (dont 22 074 enfants de moins de 16 ans) dans 45 camps de concentration construits par les troupes britanniques. Cette importante mortalité touchant 10 % de l?ensemble de la population afrikaner était la conséquence non seulement de maladies contagieuses telles la rougeole, la fièvre typhoïde et la dysenterie mais aussi d?un manque en matériel et fournitures médicales.

Cet épisode de l?histoire afrikaner qui marque la dissolution des répliques boers, solidifie le ressentiment antibritannique, le républicanisme et renforce le mouvement identitaire des Afrikaners qu?il marque tout au long du XXe siècle. Vaincus militairement, les Afrikaners vont devoir s?adapter pour survivre en tant qu?entité distincte au sein d?un État moderne, industriel et urbanisé. Si certains renoncent à leur identité culturelle donnant naissance aux anglo-afrikaners, d?autres vont chercher à préserver leur spécificité culturelle sur fonds d?esprit de réconciliation entre les ennemis d?hier[20]. Ils vont dès lors entamer une lente reconquête du pouvoir politique afin de garantir la pérennité de leurs droits historiques, linguistiques et culturels sur l?Afrique du Sud.

Ainsi, l?imposition de l?anglais dans les anciennes républiques boers, l?interdiction de l?enseignement de l?afrikaans et diverses mesures vexatoires ont pour corolaire la création d?écoles privées gérées par les Afrikaners eux-mêmes qui fournissent alors un terrain propice à la création d?une identité commune fondée sur la langue afrikaans, la croyance calviniste et une interprétation quasi-religieuse de l?histoire[21].

En 1910, l?Union sud-africaine est proclamée et devient dominion de la Couronne. Louis Botha, un ancien général boer, est le premier chef de gouvernement sud-africain mais son nationalisme tempéré, tout comme celui de Jan Smuts, son principal ministre et inspirateur de la constitution sud-africaine, est rejeté par les radicaux du mouvement identitaire afrikaner.

En 1914, plusieurs anciens vétérans de la guerre des Boers comme Christian de Wet tentent sans succès une insurrection par laquelle ils proclament le rétablissement les républiques boers.

Dessiné à la suite d?un long débat national, le drapeau d'Afrique du Sud (1927-1994) représentait essentiellement l?histoire et les symboles des Afrikaners mais aussi la communauté anglophone avec la présence de l?Union Jack
Dessiné à la suite d?un long débat national, le drapeau d'Afrique du Sud (1927-1994) représentait essentiellement l?histoire et les symboles des Afrikaners mais aussi la communauté anglophone avec la présence de l?Union Jack
Monument en bronze du laager (cercle défensif) de la bataille de Blood River, autre symbole commémoratif de l?histoire afrikaner
Monument en bronze du laager (cercle défensif) de la bataille de Blood River, autre symbole commémoratif de l?histoire afrikaner
Ons vir You Suid Afrika ("Nous pour toi, Afrique du Sud"), serment d?allégeance des Afrikaners inscrits sur le cénotaphe du Voortrekker Monument à Pretoria symbolisant le tombeau de Piet Retief et de tous les Voortrekkers morts pendant le Grand Trek
Ons vir You Suid Afrika ("Nous pour toi, Afrique du Sud"), serment d?allégeance des Afrikaners inscrits sur le cénotaphe du Voortrekker Monument à Pretoria symbolisant le tombeau de Piet Retief et de tous les Voortrekkers morts pendant le Grand Trek

Après la Première Guerre mondiale, les paysans afrikaners, chassés du platteland par une grave sécheresse et une crise économique, se retrouvent confrontés à un double phénomène d?urbanisation et d?acculturation, et entrent en compétition avec les ouvriers noirs au moindre coût. Les valeurs et l?ordre traditionnel des Afrikaners s?effondrant, ces derniers se sentent acculés face à la domination des anglophones, de leurs valeurs liées aux affaires et à l?argent et face au risque de submersion des noirs qui affluent alors vers les villes[22]. Ceux qu?on appelle alors en 1920 les « pauvres blancs » sont plus de 300 000 personnes, essentiellement des Afrikaners[23].

Face à cette situation, les nationalistes afrikaners s?efforcent de réinventer des modèles culturels à partir du concept d?Afrikanerdom, forgé par Paul Kruger dans les années 1880 et destinée à sortir les Afrikaners pauvres de leur condition misérable et à les aligner sur la petite bourgeoisie anglophone.

En mai 1918, une association est ainsi fondée à Johannesburg par trois jeunes Afrikaners dont le but est la défense des membres de leur communauté afin de recouvrer les droits perdus en 1902 à la fin de la seconde guerre des Boers. D?abord baptisée Jong Suid-Afrika, puis Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners), cette association qui rassemblait à son origine des pasteurs calvinistes, des employés des chemins de fer et des policiers, devient en 1924 une société secrète franc-maçonne, recrutant un nombre croisant d?instituteurs, de professeurs, d?universitaires et de politiciens. À partir de 1927, le Bond va accroître son activisme et étendre son influence et son audience au sein de la communauté de langue afrikaans. Il va définir l?identité de l?Afrikaner duquel il placera les intérêts au-dessus de toutes les autres communautés d?Afrique du Sud. Ainsi, le Broederbond propose comme fondement idéologique le national-christianisme, inspiré du néocalvinisme, qui stipule que « les nations sont nées d?une volonté divine, que chacune d?elles est détentrice d?une spécificité et d?une mission à accomplir »[24]. La défense de l?identité afrikaner devient une mission sacrée dont le triomphe exige la mobilisation totale du peuple de langue afrikaans (le Volk). Si la question raciale n?est pas alors au centre des préoccupations politiques des blancs sud-africains, c?est sur cette base de l?Afrikanerdom que le concept de l?apartheid va être progressivement élaboré.

En 1922, les mineurs afrikaners du Witwatersrand se mettent en grève pour protester contre le recours accru aux travailleurs noirs, main-d??uvre abondante et moins payée, par le patronat du secteur minier. Les ouvriers sont soutenus par les travaillistes et le tout jeune parti communiste d'Afrique du Sud. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s?étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l?insurrection. Pendant 5 jours les combats font rages dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l?aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C?est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts furent exécutés[25].

L?échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du parti national de James Barry Hertzog qui remportent les élections générales de 1924 .

Dès lors, les gouvernements d?inspiration nationaliste s?attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 30, l?aile extrême du nationalisme subit fortement l?influence du nazisme.

En 1938, les célébrations du centenaire de la bataille de Blood River unissent les Afrikaners autour du thème du Volkseenheid (l?unité du peuple afrikaans) avec la reconstitution du Grand Trek. Ainsi, le 8 août 1938, des centaines de chariots portant chacun le nom d?un des héros boers du Grand Trek ou célébrant la mémoire des femmes et des enfants partent du Cap en direction de Pretoria. À mesure que les convois progressent et traversent les communes et villages, une vague de patriotisme parcourt le pays. D?autres villes et villages organisent leur propre trek vers Pretoria. En chemin, les Afrikaners se mobilisent en masse : Les routes et rues sont rebaptisées Voortrekker Straat ou Pretorius Straat, les hommes se laissent pousser leurs barbes comme leurs ancêtres, les femmes mettent leur bonnet traditionnel et des tabliers de paysannes, des jeunes fiancés font bénir leur union en costume de Voortrekker et des enfants baptisés le long des chars à b?ufs et les feux de joies illuminent les soirées. À l?approche de la destination finale, les thèmes nationalistes et républicains se précisent alors que le pays est pavoisé aux couleurs sud-africaines et le 16 décembre 1938, plus de 100 000 afrikaners (1/10e de la population afrikaner) assistent à Pretoria à la pose de la première pierre du Voortrekker Monument, symbole phare du nationalisme boer en présence des descendantes d?Andries Pretorius, de Piet Retief et d?Hendrik Potgieter[26],[27].

Panneau en anglais et afrikaans formalisant la ségrégation raciale dans le cadre de la politique d?apartheid. Ce concept, mis au point par le parti national et le Broederbond, va stigmatiser les Afrikaners durant la seconde moitié du XXe siècle et les faire passer du statut international de victime de l?impérialisme britannique à celui d?oppresseur des peuples noirs d?Afrique du Sud
Panneau en anglais et afrikaans formalisant la ségrégation raciale dans le cadre de la politique d?apartheid. Ce concept, mis au point par le parti national et le Broederbond, va stigmatiser les Afrikaners durant la seconde moitié du XXe siècle et les faire passer du statut international de victime de l?impérialisme britannique à celui d?oppresseur des peuples noirs d?Afrique du Sud

En 1948, la victoire du parti national de Daniel François Malan consacre la victoire du Broederbond. Le danger de domination ou d?acculturation anglophone est définitivement écarté et l?unité du peuple afrikaans réalisé. Cependant, la cohésion nationale de celui-ci reste menacé par le "Swaartgevaar" (le péril noir)[28]. Le thème récurent n?est plus dès lors la défense de l?identité afrikaans face aux anglophones mais celui du peuple blanc d?Afrique du Sud (anglophones, afrikaners, lusophones soit 2,5 millions de personnes en 1950, 21 % de la population totale) menacé par la puissance de la démographie africaine (8 millions de personnes en 1950 soit 67 % de la population totale)[29]. L?apartheid est alors présenté comme un arsenal juridique destiné à assurer la survie du peuple afrikaner mais aussi comme un « instrument de justice et d?égalité qui doit permettre à chacun des peuples qui constitue la société sud-africaine d?accomplir son destin et de s?épanouir en tant que nation distincte ». Ainsi, beaucoup de nationalistes afrikaners pensent sincèrement que l?apartheid ouvre des carrières et laisse leurs chances aux noirs, chances qu?ils n?auraient pu saisir s?ils avaient été obligés d?entrer en compétition avec les blancs au sein d?une société intégrée[30]. Cette politique d?apartheid est censée à la fois compléter et se différencier de la barrière de couleur (colour bar) et du principe du Baasskap (la domination blanche, en vigueur depuis le XVIIe siècle). Il s?agit d?élever le degré de séparation entre les peuples, que ce soit dans la vie sociale économique et politique du pays. Cette distinction se fait au prix d?une ségrégation impitoyable et d?un renforcement du contrôle policier sur les déplacements de population dans tout le pays.

Couverture d'un livret de chansons patriotiques édité par la Fédération des organisations culturelles afrikaans (1940)
Couverture d'un livret de chansons patriotiques édité par la Fédération des organisations culturelles afrikaans (1940)

C?est tout à la fois par idéalisme, par intérêt et par sécurité que les Afrikaners soutiennent aussi longtemps le système d?apartheid, convaincus que seul celui-ci peut leur permettre non seulement de survivre en tant que groupe ethnique distinct mais aussi de préserver leurs intérêts de classe au sein du groupe blanc.[31]. Ainsi, entre 1941 et 1955, le revenu moyen annuel des Afrikaners augmente de 50 %. Le pays est en pleine prospérité économique tandis qu?à partir de 1955 s?élabore la séparation géographique entre blancs et noirs au travers de la politique des bantoustans, en dépit de la résistance de plus en plus importante et organisée de la population noire. Dans les années 60, alors que la répression policière contre l?opposition africaniste s?accentue, que leurs chefs sont emprisonnés et leurs partis interdits en vertu de lois d?exception, les Afrikaners proclament la république et dans les discours le concept d?ethnicité spécifique laisse peu à peu la place à celui de nation. Ainsi, les noirs ne sont plus présentés comme inférieurs mais comme différents[32].

Dans les années 70, les Afrikaners n?ont plus la peur pathologique de perdre leur identité qui s?affirme d?ailleurs au travers de l?État sud-africain, un État militairement fort et économiquement puissant. Ceux qui étaient les pauvres blancs des années 20 constituent désormais l?armature de la classe moyenne blanche[33]. La discrimination et la ségrégation raciale ne sont plus justifiées en termes idéologiques mais en termes économiques et politiques : la survie du capitalisme et la lutte contre le communisme. Ils n?en revendiquent pas moins le droit historique et le devoir de maintenir leur souveraineté sur l?Afrique du Sud.

Dans les années 80, les Afrikaners sont néanmoins ébranlés par les condamnations internationales dont l?Afrique du Sud fait l?objet pour sa politique d?apartheid et la violence politique qui l?accompagne. Si certains se réfugient dans des utopies communautaristes (Volkstaat), d?autres, qui considèrent notamment que les Afrikaners sont le c?ur de la nation blanche d?Afrique du Sud, préfèrent tenter l?ouverture politique vers la majorité noire du pays sous le précepte que l?Afrikaner doit s?adapter pour survivre. C?est un Afrikaner, le président Frederik de Klerk, qui met finalement fin au régime d'apartheid, approuvé par une consultation référendaire auprès de la communauté blanche le 17 mars 1992. En 1994, le partage du pouvoir avec la majorité noire devient réalité avec l?élection de Nelson Mandela à la présidence de la république et la formation d?un gouvernement d?union nationale rassemblant les anciens oppresseurs nationalistes, concepteurs autrefois de l?apartheid et les anciens opprimés, représentant la majorité raciale du pays.

À partir des années 90, la partie la plus libérale de la communauté afrikaner appelle à intégrer au sein du peuple afrikaner tous ceux de langue maternelle afrikaans y compris les non blancs comme les métis, les Malais du Cap, les basters de Rehoboth et les Griquas.

Dans la nouvelle "nation arc-en-ciel" comme est surnommée l?Afrique du Sud à partir de 1994, l?identité afrikaner est de nouveau en cours de restructuration. Ne constituant plus qu?une minorité ethnique parmi d?autres, les Afrikaners sont sur la défensive s?estimant marginalisés par le nouveau pouvoir du Congrès national africain. Si l?afrikaans reste la langue maternelle de plus de 13 % de la population, elle n?est plus qu?une des 11 langues officielles du pays, restreignant ainsi sa diffusion dans les publications officielles ou les émissions de radio diffusion.

Une minorité de ces Afrikaners a cependant rallié le nouveau pouvoir ANC pour tenter de sauvegarder un minimum d?influence politique sur les commandes du pays. Ce fut le cas notamment des héritiers du parti national afrikaner qui fusionnèrent leur parti, le nouveau parti national, avec l?ANC en 2005. De son côté le Broederbond s?est réformé de fond en comble, s?ouvrant aux femmes et aux autres races et ne gardant que l?afrikaans comme mode de recrutement de ses membres.

D?autres se sont regroupés dans des associations de défense de l?identité afrikaner. Des intellectuels (journalistes, écrivains, universitaires) se sont ainsi regroupés dans le groupe dit des 63 comprenant notamment des écrivains progressistes afrikaners tels Breyten Breytenbach. Des associations de défense de l?identité afrikaans tels "Afriforum" ou le Comité d'action civil de Pretoria engagent de leur côté des procédures judiciaires afin de sauvegarder la toponymie afrikaans de la géographie sud-africaine au moment où l?africanité des Afrikaners est remis en question par certaines personnalités politiques de l?ANC. Dans le même esprit du laager, une fondation de l?héritage gère aussi le patrimoine culturel sud-africain lié à l?histoire afrikaner (monuments, statues?).

Les nouveaux Afrikaners du XXIe siècle parlent le langage de la modération et de la décentralisation en se référant, non plus sur leur spécificité ethnique et leurs droits historiques, mais sur les concepts modernes et progressistes des droits des minorités et du droit des peuples à disposer d?eux-mêmes. Ainsi, les Afrikaners retranchés en communauté à Orania, où ils vivent en marge du nouvel état sud-africain, adoptent un tel langage. Longtemps considéré comme dérisoire, élitiste, raciste et réactionnaire, la communauté d?Orania a finalement réussi à bâtir sa relative prospérité sur l?énergie renouvelable et l?agriculture biologique[34]tout en parvenant à faire reconnaitre sa prétention politique à l?établissement d?un Volkstaat au sein de l?Afrique du Sud.

[] Religion

La communauté afrikaner est très largement chrétienne et membre une des églises réformées hollandaises.

En Afrique du Sud, l?Église réformée hollandaise est une dénomination commune qui désigne en fait 3 églises réformées calvinistes:

Les différences entre les 3 églises sont essentiellement d?ordre doctrinal. Si elles sont toutes trois autonomes, elles sont liées par un organisme consultatif fédéral. Elles représentent 18 % de la population totale de l?Afrique du Sud.

La principale des ces 3 églises représentatives de la communauté afrikaners est la Nederduits Gereformeerde Kerk (NGK). Elle est également la principale église de la communauté métis.

Lors des premières décennies du XIXe siècle, les calvinistes néerlandophones de la colonie du Cap s?étaient émancipés de l?église réformée d?Amsterdam et avaient fondé une église réformée hollandaise spécifique à l?Afrique du Sud, la Nederduits Gereformeerde Kerk. Cependant, certaines communautés afrikaners du Transvaal organisèrent leurs cultes et l?administration des sacrements à l?aide de missionnaires, transfuges d?autres congrégations suite au refus de la NGK de soutenir les Voortrekkers.

Ceux-ci fondèrent au Transvaal une Église réformée indépendante, la Nederduitsch Hervormde Kerk qui sera elle-même victime d?une scission avec la Gereformeerde Kerk van Suid-Afrika.

Ces églises réformées se réclamaient des concepts religieux d?Abraham Kuyper, fondateur d?une église séparatiste aux Pays-Bas et de l?université libre d'Amsterdam, qui prêchait le retour littéral aux écritures saintes.

C?est ainsi que par une interprétation de la doctrine calviniste de la prédestination, selon laquelle le salut de l?homme est prédestiné (par Dieu, indépendamment de l'homme et de ses actions), justifiant que des élites dirigent le monde et que des non élus obéissent aux premiers, que les concepts ségrégationnistes sont avalisés par les prédicateurs de l?église réformée hollandaise. C?est en vertu de ce concept que les Boers, isolés dans le veld, s?étaient facilement assimilés au peuple élu et avaient cru jusqu?à la fin des années d?apartheid, que Dieu leur avait donné l?Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les noirs étant assimilés aux Cananéens. Ceux qui ne font pas partie du cercle des élus sont donc des proscrits, condamnés depuis le commencement des temps. Dieu n?est plus alors un unificateur mais un grand diviseur qui a trouvé bon d?établir des frontières entre les peuples et les groupes de peuples[35]. Et c?est encore par une lecture particulière des écritures saintes que la ségrégation raciale fut justifiée par le biais de l?histoire des fils de Noé dont l?un avait été condamné par son père à servir ses 2 frères[36].

A partir des années 1920, les églises réformées, à commencer par la NGK, véritable Église du peuple afrikaner (Volkskerk), contribuent à la construction du nationalisme afrikaner, généralisant, dans le cadre d?une éducation nationale-chrétienne, l?idée d?une élection collective des Afrikaners justifiant théologiquement la ségrégation[37]. Néanmoins, si elles sont alors proches des dirigeants de l?État sud-africain, le pays demeura un État laïque.

Ainsi, en 1963, les trois Églises réformées menèrent sans succès campagne en faveur de la « sanctification du dimanche » et l?interdiction ce jour-là des danses, des vols d?avions et des autres distractions publiques[38].

L?Église réformée hollandaise (NGK) a condamné la politique d?apartheid à partir de 1986.

En 1992, les Afrikaners fidèle à l?apartheid ont quitté la NGK et fondé l?Afrikaanse Protestante Kerk (APK).

En 2007, plus de 40 % des Afrikaners appartiennent à l?Église réformée hollandaise de la NGK (contre 70 % il y a trente ans).Populations significatives par régions.

[] Politique

Les premiers leaders politiques afrikaners ont émergé au 19è siècle dans le but de représenter les intérêts des boers face à la nouvelle administration britannique. En 1835, Piet Retief signe un manifeste dans lequel il exprime les aspirations politiques des Boers, justifiant le Grand Trek vers l'intérieur des terres. Durant cette période, des chefs élus par les membres du Grand Trek tels Andries Pretorius ou Hendrik Potgieter deviennent de véritables chefs communautaires, à la fois politiques et militaires, et fondateurs des républiques boers.

Durant la seconde partie du 19è siècle, trois figures politiques principales représentent alors les aspirations politiques des Afrikaners. Le premier est Marthinus Wessel Pretorius, homme politique du Transvaal, dont l'action politique se caractérise par la volonté unificatrice des républiques boers. Le second est Paul Kruger, vétéran du Grand Trek et chef militaire charismatique. Il accède à la présidence du Transvaal et symbolise jusqu'à l'extrême, l'austérité calviniste et la résistance à l'impérialisme britannique. Le troisième est Jan Hofmeyr, homme politique de la Colonie du Cap et chef de l'Afrikaner Bond, le premier parti politique de la communauté afrikaner, dont l'ambition est d'unifier sous la direction afrikaner les colonies britanniques et les républiques boers au sein d'un même état sud-africain et indépendant.

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