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{revue}
Portrait d'Abd el-Kader par Ange Tissier, 1852, Musée de Versailles.
Abd el-Kader ben Muhieddine ou Abd el-Kader el-Djazaïri (arabe : عبد القادر الجزائري) — né le 6 mai ou le 6 septembre 1808 près de Mascara, Algérie, décédé le 26 mai 1883 à Damas, Syrie — est un homme politique, chef militaire et ifrenide qui résista longtemps au corps expéditionnaire des Troupes d'Afrique lors de sa conquête de l'Algérie et fut également écrivain, poète, philosophe et théologien soufi. Il est considéré comme étant à l'origine de la nation algérienne1 et le symbole de la résistance algérienne contre le colonialisme et l'oppression française2. Origines et éducation musulmaneAbd el-Kader est le troisième fils de Sidi Muhieddine, cheikh de l'ordre soufi Qadiri et auteur d'un "Kitab irshad al-muridin" à destination des novices dans la gnose3, et de Zohra une femme cultivée, fille du cheikh Sidi Boudouma, chef d'une zaouïa assez influente de l'époque située à Hammam Bouhadjar (Ouest algérien). Il est né probablement le 6 mai ou le 6 septembre 1808 à El-Guetna (« les Tentes »), dans la région de Mascara, sur la route d'Oran. Selon les historiens français, l'émir Abd el-Kader fait remonter ses origines d'une part à la tribu berbère des Banou Ifren4,5 (Zénètes). D'autre part, l'émir serait un des descendants du prophète Mahomet6. Enfant précoce, il pouvait lire et écrire dès l'âge de 5 ans, était autorisé à commenter le Coran et les traditions prophétiques à 12 ans, et deux ans plus tard, porta le titre de "Hafîz", destiné à ceux qui savent le Coran, dans son entièreté, par cœur.7 Son éducation religieuse soufiste, passe, dès huit ans, par le pèlerinage avec son père à la Mecque (le Hajj) puis se poursuivit chez Ahmed Bilhar, son oncle paternel, par l'étude du Coran, les principes des sciences physiques et morales, de la géométrie et de l'astronomie, la gymnastique, l'exercice du cheval et le maniement des armes. Muhieddine envoya son fils dix-huit mois à Oran, chez Sidi Ahmed ben-Kodja, qui lui enseigna la politique. Doué d'un esprit curieux et d'une mémoire phénoménale grâce à laquelle, alors qu'il était en captivité, il pouvait citer les philosophes grecs et de nombreux écrits (dont la Muqaddima de Ibn Khaldun) sans les avoir à proximité,8
Place de l'Émir-Abd-el-Kader (Alger)
il put converser de Platon, Pythagore ou Aristote, ou se plonger dans l'étude d'ouvrages traitant "de l'ère des Califes, sur l'histoire ancienne et moderne, la philosophie, la philologie, l'astronomie, la géographie, et même des ouvrages de médecine."9 VoyagesEn 1820 lors d'un second voyage à la Mecque et Médine, avec des pèlerins et son père Muhieddine, sur le Castor, brick de commerce du capitaine français Jovas, il passa par Alexandrie. Pendant son séjour en Égypte, Abd el-Kader fut frappé des changements que Méhémet Ali venait de faire à son armée et des améliorations de l'administration de ses États ; ce modèle (qui avait permis une quasi indépendance vis-à-vis des Ottomans comme des Anglais et des Français) les frappa, lui et son père. À leur retour10, ils racontèrent que d'anciennes prophéties annonçaient qu'Abd el-Kader deviendrait un jour le « sultan des Arabes ». C'était se dresser contre l'institution ottomane des Deys. Les populations arrivèrent en foule au douar des Hachem, où ils passaient leurs journées en prières, dans leurs tentes. Les offrandes étaient du grain, du bétail, mais aussi des chevaux, de l'or, de l'argent et des armes. Rapidement, cette mobilisation autour de la vénération qu'ils s'étaient acquise, inquiéta Hassan-Bey, gouverneur d'Oran : pour mettre un terme à l'influence et à ces menées révolutionnaires, il prononça la peine de mort contre le père d'Abd el-Kader. La colonisation françaiseOr, cette condamnation arriva au moment de la prise d'Alger par les Français en 1830. C'était un coup terrible à l'empire des deys et à la domination ottomane. Mahieddine, le vieux marabout, se mit alors à prêcher la « guerre sainte ». L'objectif était autant l'élimination des Ottomans que la reprise d'Oran. Des milliers de musulmans accoururent et se rangèrent sous ses ordres ; le gouverneur d'Oran, Hassan, en fuite, demanda asile à celui dont il avait mis la tête à prix. Le marabout allait lui offrir l'hospitalité et ses services, mais Abd el-Kader s'y opposa énergiquement: le bey d'Oran dut se rendre quelques jours plus tard aux troupes françaises. Mahieddine, choisi comme chef de l'insurrection, marcha avec ses troupes d'abord contre la garnison turque de Mascara, qu'il massacra sans pitié ; puis il combattit courageusement les Français sous les murs d'Oran avec son fils Abd el-Kader qui s'y attira la réputation de baraka - il aurait été à l'abri des balles et des boulets et aurait eu deux chevaux tués sous lui. Son burnous blanc "rougi du sang des siens", fut conservé comme une relique. La prise d'Alger et d'Oran par les Français signifiait d'abord la fin de la domination ottomane et donc la fin des provinces turques. Les tribus musulmanes locales semblaient donc avoir recouvré leur liberté, mais elles étaient sans unité : Mahieddine, tout influent qu'il était, n'était pas souverain et quelques tribus ne lui obéissaient pas. De plus, les populations musulmanes s'inquiétaient de l'extension de la conquête française. La soumission d'Ibrahim, bey de Mostaganem, accéléra le processus d'unification des tribus locales: une assemblée générale des chefs se réunit pour procéder à l'élection d'un sultan le 21 novembre 1832 dans la plaine de Ghris, à Ersebia. Il fut question de nommer Mahieddine, mais il dit que le marabout Sidi El-Arrach était plus digne que lui d'un si grand honneur. Le conseil se retira pour se réunir le lendemain. D'après la légende populaire, Sidi El-Arrach, tout juste arrivé, aurait déclaré en élevant les mains vers le Ciel : « Frères, cette nuit, le célèbre marabout Mahi Abd el-Kader m'est apparu au milieu de sa gloire, et m'a dit : “Sidi El-Arrach, retiens bien ces paroles d'où dépend le salut de notre race. Je ne connais qu'un seul homme qui, par ses vertus, son courage et son intelligence -, sois digne de commander aux Arabes : c'est Abd el-Kader, troisième fils de Mahieddine. Je t'ordonne donc de répéter demain au conseil ce que tu viens d'entendre. Allah et son prophète s'intéressent à la cause de ses enfants et veulent qu'elle triomphe.” ». Et Mahieddine d'ajouter : « J'ai entendu les mêmes paroles que Sidi El-Arrach, et j'ai reçu les mêmes ordres, mais je mourrai dans l'année qui suivra l'avènement de mon fils. Telle est la prophétie de mon aïeul. » SultanÀ partir de 1832, le titre de sultan fut donc accordé à Abd el-Kader qui préféra celui plus modeste, d'émir: les chefs s'inclinèrent et lui présentèrent le burnous violet. Le nouveau sultan se mit à son tour à prêcher la guerre sainte. Après que l'affaire de la Macta eut consolidé sa puissance, il songea à se créer une force militaire permanente. Voyant l'armée française composée en grande partie d'infanterie, il se forma un corps de cavalerie qui put attaquer, poursuivre ou éviter un combat inégal. Ce premier corps ne comptait d'abord que 400 hommes. Pour entretenir des bataillons réguliers, il leva des taxes sur les marchandises et des impôts ; puis il fit bâtir des magasins de vivres, d'armes et de munitions. Abd el-Kader, à la mort de son père (1833), se retira quelque temps à Mascara, revint à la tête de ses troupes. Il fit bloquer la ville d'Oran par la tribu des Rharaba et couper toute communication avec Mostaganem par la tribu des Hachem. La tactique réussit, les arrivages cessèrent sur les marchés français. Les tribus soumises cherchèrent à se détacher des Français. Abd el-Kader, profitant de l'état des esprits, tendit un piège aux Français : quatre furent faits prisonniers et un cinquième tué. Le général Desmichels lui écrivit pour réclamer les soldats. Abd el-Kader refusa terminant sa réponse par un défi. Le général Desmichels, après le combat, fit renvoyer les femmes et les enfants des douars tombés aux mains des français. Fatwa et Découpage administratif de l’État de l’émir Abd el-Kader
Traité avec les FrançaisLorsqu'après cette sortie les marchés d'Oran se furent un peu approvisionnés, le général Desmichels écrivit de nouveau à Abd el-Kader pour lui demander une entrevue que l'émir refusa pour marquer son rang souverain, au-dessus des généraux français (il ne daigna accorder la faveur d'une entrevue qu'au maréchal Bugeaud, au général de Lamoricière et au duc d'Aumale). Abd el-Kader répondit à la lettre du général Desmichels que l'Islam lui défendait de se soumettre aux envahisseurs, mais qu'il lui permettait d'accepter une paix si elle lui était proposée. Il sentait alors le besoin de cesser les hostilités contre les Français, et malgré les revers que ces derniers éprouvèrent près d'Oran, dans un lieu nommé Dar-el-Bidah (« Maison blanche »), il continua les négociations entamées, en engageant son agha, Mouloud ben Arrach et le caïd Ouled Mahmoud, pour s'entendre en dehors d'Oran, avec le séfarade Mandoukaï Amar, sur les bases d'un traité de paix qui allait être passé entre la France et les algériens. Abd el-Kader insistait pour avoir Mostaganem, mais se voyant refuser sur ce point, il demanda Arzew, où il parvint à établir de fait son autorité sans l'accord des Français. Ils arrivèrent à un accord sur les trois dispositions suivantes du traité :
Les négociateurs d'Abd el-Kader (civils et militaires de la province), amendèrent avec habileté une partie des conditions posées par les Français à Abd el-Kader et le traité fut signé le 24 février 1834. Révoltes contre Abd el-Kader
Le traité de la TafnaArticles connexes : Traité de Tafna et Massacre des Ben Zetoun.
Abd el-Kader ne tarda pas à se faire de nouveaux partisans et à rappeler à lui les tribus qui l'avaient abandonné. Ayant appris le peu de succès de la première expédition de Constantine menée par les Français, il crut le moment propice pour commencer les hostilités dans la province d'Oran. Il sut bientôt que le général Bugeaud devait marcher contre lui ; mais ce général, éprouvant quelques difficultés dans les moyens de transport, et voulant restreindre les hostilités à la province de Constantine qui allait être le théâtre d'une seconde expédition, fit en 1837 avec l'émir le traité de Tafna, qui sera par la suite source de malentendus. Les critiques experts dirent que cette convention rendait l'émir maître de l'ancienne régence d'Alger, moins la province de Constantine, que dans chacun des articles on le traite d'égal à égal, et on reconnaît sa souveraineté indépendante, que la convention n'a aucune garantie, puisqu'elle repose uniquement sur le caractère moral et religieux d'Abd el-Kader, etc. Après l'échange du traité, le général Bugeaud fit proposer une entrevue à l'émir pour le lendemain. Le rendez-vous était à neuf heures du matin, près de Tafna. Le général y fut à neuf heures, accompagné de six bataillons d'infanterie, de dix escadrons de cavalerie et de quelques pièces de campagne. L'émir n'y vint pas à l'heure convenue. Vers deux heures, des cavaliers arabes annoncèrent qu'il avait été malade et marchait lentement. Les Français marchèrent sans défiance plus d'une heure dans le détour d'une gorge étroite, entrecoupée de collines. Enfin le général aperçut l'escorte de l'émir, rangée en bon ordre sur des mamelons épars. La maladie de l'émir était feinte, et le général français avait l'air d'être venu pour lui rendre hommage. Les officiers de l'escorte eurent quelques moments d'hésitation, se croyant dans un guet-apens; Bou-Amedy, chef de la tribu des Oulanahs, qui marchait au milieu d'eux, s'en aperçut et dit au général Bugeaud : « Sois tranquille, n'aie pas peur. — Je n'ai peur de rien, répondit le général, je suis accoutumé à vous voir en face. Seulement je trouve indécent que ton chef m'ait fait venir de si loin et m'ait fait attendre si longtemps. ». L'émir était entouré de 150 à 200 chefs, qu'il précédait de quelques pas, guidant un cheval noir. Dès qu'il fut à portée de voix, le général Bugeaud lance son cheval au galop, et arrive sur l'émir en lui tendant cavalièrement la main ; celui-ci la pressa fortement et lui demanda des nouvelles de sa santé. « Très-bonne, et la tienne ? » répondit le général, qui met pied à terre, engageant Abd el-Kader à en faire autant. Après quelques minutes d'un entretien insignifiant : « As-tu ordonné, dit-il, de rétablir les relations commerciales à Alger et autour de toutes nos villes ?
Ainsi se serait terminée cette entrevue qui fut sans résultat, car elle avait été sans but. Par cette convention, la France reconnaissait son autorité sur l'ensemble du beilik de l'ouest (sauf Oran, Arzew, Mostaganem et Mazagran), sur le beilik du Titteri et sur la province d'Alger (à l'exception d'Alger, de Blida ainsi que de la plaine de la Mitidja et du Sahel algérois). Dans ces territoires, les deux tiers de l'Algérie, Abd el-Kader s'efforce d'organiser un État indépendant et souverain, sur une base religieuse. Reprise de la guerre avec la France
L'expédition des « Portes de fer », en pays kabyle
Le 5 mai 1839, il demanda et obtint l'appui du sultan du Maroc, ainsi que la concession du territoire situé entre Oujda et Tafna. Il voulut annexer le Constantinois en y nommant un « khalifa ». En réaction, la France organisa l'expédition des « Portes de Fer » en octobre 1839, expédition qui fut considérée comme une violation du traité de Tafna. À partir de ce moment, la guerre reprit avec violence. Au mois d'octobre, dans l'ouest de la Mitidja, l'émir prend en embuscade le commandant Raffet et une centaine de soldats français ; ces derniers marchent contre lui et reprennent Cherchell, Mildah, Miliana, etc. Gouvernement du maréchal BugeaudLe tournant de la guerre fut la nomination du maréchal Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie en 1842. Celui-ci changea complètement de tactique de l'armée française, aidée de nombreuses troupes composées d'Algériens : troupes régulières (zouaves et spahis) et corps irréguliers (les goums). Il harcela les troupes d'Abd el-Kader, en cherchant à les couper de leur base. L'émir fut refoulé sur les hauts plateaux steppiques avec sa smala, capitale ambulante estimée à 30 000 personnes. Abd el-Kader essuya un grave revers le 16 mai 1843, avec la prise de la smala par le duc d'Aumale dans la région de Boghar. Il rassembla le reste de ses troupes, sous le nom de déïra, et se tourna vers le sultan du Maroc. Celui-ci, qui avait des visées sur l'ouest algérien, intervint mais fut défait à la bataille de l'Isly (oued près d'Oujda) le 14 août 1844. Dans le traité de Tanger du 10 septembre 1844, il fut convenu qu'Abd el-Kader serait mis hors la loi aussi bien en Algérie que dans le Maroc. Il délimita en outre la frontière entre les deux pays. Les Français n'avaient pas oublié le guet-apens de Sidi-Brahim, où leurs soldats, commandés par le colonel Montagnac, furent égorgés sans pitié par les troupes de l'émir. En 1845, beaucoup de tribus des hauts-plateaux s'étaient soumises aux Français. L'Émir tenta de les réprimer ; le Goum des Ouled Nail, sous le commandement de Si Chérif Bel Lahrech qu'Abd El-kader avait nommé khalifa, prit part à ces opérations. Cherchant des alliances, il alla ensuite en Kabylie, nouveau bastion de la résistance à l'armée française, où il participa à deux combats contre les Français en février 1846. L'Émir sillonna ensuite la région de Djelfa, plus au sud, poursuivi par les Français, mais aidé par la population. Des combats eurent lieu à Ain Kahla, à Zenina et à l'oued Boukahil. Abd el-Kader tenta de relancer la révolte en 1847, mais échouant finalement à rallier les tribus kabyles pour faire cause commune, il dut se réfugier au Maroc. Le général de Lamoricière apprit qu'Abd el-Kader, refusant de se rendre au sultan du Maroc, s'était entendu avec ses principaux officiers, les fonctionnaires de la cour de Fès, pour tenter une dernière fois la fortune. Le 13 septembre, un ex-brigadier du 2° chasseurs d'Afrique qui s'était échappé de la Deïra, accourut annoncer au général que l'émir voulait livrer encore un combat avant de se retirer vers le Sud avec ceux qui voudront l'y suivre. La défaiteLe 21 décembre 1847, les troupes de l'émir Abd el-Kader quittèrent le Maroc, en passant la rivière Kiss, sous la direction de l'émir seul à cheval, et entrèrent sur le territoire de l'ex-régence. Le général Lamoricière, prévenu à temps, envoya sur son passage deux détachements de vingt spahis, en burnous blancs, commandés par les lieutenants Bou-Krauïa et Brahim et se porta sur la frontière; il y reçut avec Bou-Krauïa des hommes envoyés d'Abd el-Kader, chargés de porter sa demande d'aman («assurance/protection/sauf conduit») pour lui et ceux qui l'accompagnaient (une feuille de papier avec son cachet, car le vent, la pluie et la nuit l'avaient empêché d'y rien écrire). Le général remit aux envoyés son sabre et le cachet du commandant Bazaine, en leur donnant verbalement la promesse de l'aman le plus solennel (il ne pouvait pas écrire non plus). Abd el-Kader renvoya ses deux officiers et le lieutenant Bou-Krauïa avec une lettre dans laquelle il négociait la condition d'être conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean-d'Acre. Le général Lamoricière y consentit par écrit. Le rendez-vous fut fixé le 23 décembre 1847 sous un arbre qui existe toujours (les Français y ont mis une plaque). L’émir fit la prière d’e-Asr à Sidi-Brahim, à 5 km de l’endroit où a été signé l’armistice (Sidi Tahar), puis passa la nuit à Ghazaouet. Le 24 décembre, Abd el-Kader fut reçu par les généraux Lamoricière et Cavaignac et par le colonel Montauban, au marabout de Sidi-Brahim, théâtre de ses victoires. On l'amena ensuite à Nemours (Dgemma-Ghazouat) devant le duc d'Aumale. Le prince ratifia la parole donnée par le général Lamoricière, en exprimant l'espoir que le roi lui donnerait sa sanction. Le gouverneur général annonça à l'émir qu'il le ferait embarquer le lendemain pour Oran, avec sa famille ; l'émir s'y soumit sans émotion et sans répugnance. Avant de quitter le prince, Abd el-Kader lui envoya un cheval de soumission, pour consacrer sa vassalité et sa reddition. Prisonnier en FranceL'émir insista pour quitter Oran le plus tôt possible. On lui offrit de partir immédiatement sur la frégate à vapeur l'Asmodée, ce qu'il accepta. Le navire quitta Oran en emportant l'émir et sa suite, composée de 61 hommes, de 21 femmes et de 15 enfants des deux sexes, en tout 97 personnes dont sa famille (sa mère, âgée, deux de ses beaux-frères, ses trois femmes et ses deux fils, dont le plus jeune avait huit ans). La traversée fut mauvaise et les captifs furent très fatigués. Arrivé à Toulon, Abd el-Kader fut déposé au Lazaret, puis transféré au fort Lamalgue. Dans la diligence qui le conduisait de Sète à Pau, l'émir vit: « ces plaines verdoyantes, ces vergers, ces forêts, ces fleuves et ces rivières ; tant d'abondance ! Quel besoin ont les Français d'occuper mon Pays, de sable et de rochers ? »11. Il séjourna au château de Pau, sans sortir de ses appartements d'un château fraîchement rénové, refusant la promenade et ne quittant sa Smala que le soir pour aller dormir dans le donjon Fébus. « Je suis en deuil et un Arabe en deuil ne quitte pas sa tente ; je suis en deuil de ma Liberté, je ne quitterai donc pas ma chambre ». L'image romanesque du grand chef vaincu, du patriote inflexible, attirait les curieux en quête d'un frisson romanesque. Abd el-Kader ne refusait pas les visites, bien au contraire. Au cours de ces entretiens, il ne cesse de rappeler à la France son manque de parole et d'en souligner la gravité. Très vite, l'image du chef de guerre exotique cède le pas à celle d'un hôte aimé, révéré. Au moment de partir pour Amboise, le 3 novembre 1848, l'émir se retourne et déclare : « En quittant Pau, je laisse un morceau de mon cœur ». La parole de la France n'est pas tenue par les régimes et les gouvernements successifs. L'émir est retenu en captivité pendant cinq années. Dès son accession à la Présidence de la République, Louis-Napoléon Bonaparte songe à le libérer. En janvier 1849 il organise une réunion au Palais de Saint-Cloud, le maréchal Bugeaud est présent, mais les difficultés du nouveau président avec la Chambre et son Ministre de la Guerre lui font remettre à plus tard ce qu'il considère comme une affaire d'honneur. Selon Michel Levallois, l’Interprète militaire Ismayl Urbain fut « l'inspirateur de la politique du Royaume arabe de Napoléon III, [sa route] a croisé et accompagné celle de l'émir Abd el-Kader. Il fut de la Prise de la smala d'Abd el-Kader par le duc d'Aumale (16 mai 1843), il eut la responsabilité de la détention de l'émir en France, il lui rendit visite à Amboise, il l'accompagna à Paris lors de ses visites de 1853 et 1865 »12. La libération et l'exil à Damas
Il y enseigne la théologie à la mosquée des Omeyyades. En juillet 1860, les troubles confessionnels du Mont Liban se sont étendues à Damas. Des musulmans et des druzes attaquent les quartiers chrétiens, tuant plus de trois mille habitants. L'émir intervient pour arrêter le massacre et protège au péril de sa vie la communauté des quinze mille chrétiens de Damas et les Européens qui y vivaient, grâce à son influence auprès des dignitaires de la ville et aux membre de sa suite qui l'on suivi dans son exil. Encore aujourd'hui certains syriens sont appelés "algériens" en référence à ces membres de la suite d'Abdel Kader dont ils sont descendants et des algériens qui se sont regroupés autour de lui dans son exil, installés dans le quartier de Salhieh (qui à l'époque est encore un réseau de petites ruelles ottomanes, et non le quartier à l'architecture coloniale que l'on connait aujourd'hui). Abdel Kader doit même s'interposer par la force avec les membres de sa suite, pour protéger les familles chrétiennes venues se réfugier en nombre dans le quartier des algériens. Il fait tuer certains pillards. Suite à ces évènements et le calme revenu, il se retire plusieurs jours sur la tombe de Ibn 'arabi (quartier de sheikh Mouhidin) pour prier, méditer et jeûner. Cet épisode est relaté dans Damas, jardin de l'Islam de Myriam Harry (1948?). Abdel Kader reçut la grand-croix de la Légion d'honneur et d'autres marques de reconnaissance venant du monde entier (notamment du pape, du tsar de Russie, etc.), notamment une paire de pistolets de la part de l'empereur de Prusse en remerciement de cet acte de protection des chrétiens de Damas. En 1869, il participa aux festivités de l'inauguration du canal de Suez aux côtés de l'impératrice Eugénie.
Abd el-Kader au centre lors du conflit entre chrétiens et musulmans en 1860
Il consacre le reste de sa vie à des œuvres de bienfaisances, à l'étude des textes scientifiques et sacrés et à la méditation jusqu'à sa mort à Damas. Il respecta toujours la parole qu'il a donné de ne pas revenir en Algérie. Son fils et surtout son petit-fils, l'émir Khaled revinrent en Algérie. Khaled commença une carrière de soldat français, puis entama une carrière politique et milita activement pour l'indépendance de son pays, parmi les premiers opposants politiques. L'Émir Khaled est considéré comme le premier fondateur de l'identité et du nationalisme algérien13 Son incinération, rapportée par les français, lui valut d'être considéré comme un traitre par ses compagnons et le monde musulman pendant un moment, le Coran empéchant d'être incinéré. Mais, selon des textes qui datent de sa mort, Abd el-Kader avait souhaité être enterré selon la tradition musulmane[réf. nécessaire]. Les cendres d'Abdel El-Kader furent récupérées en 1965 et se trouvent aujourd'hui au cimetière d'El-Alia à Alger. Ce transfert des cendres à Alger a été discuté, car Abd el-Kader avait clairement souhaité être inhumé à Damas auprès de son maître Ibn Arabi14. Une mémoire controverséeVu de France, un chef indigène modèle et tolérantPour la France coloniale de Louis-Philippe et surtout Napoléon III, l'« Ami des Français », comme aimaient à le qualifier les Européens, fut le modèle de « l'indigène » éclairé et cultivé. Pour l'avoir combattu avec honneur, il fut respecté même par ses propres ennemis. Il a échangé une très prolifique correspondance avec des Français, dont la contribution apportée au livre du général Daumas sur le cheval. Ultérieurement, on souligna son intervention en faveur des chrétiens du Proche Orient. En plus le dévouement de l'émir à Napoléon n'est pas contestable.15 Cette vision insistant sur la tolérance est sensible dans la relation entre l'émir et Monseigneur Dupuch, évêque d'Alger. Leur relation montre un esprit ouvert et tolérant dans une époque pourtant difficile. Monseigneur Dupuch lui rendit visite lors de son emprisonnement à Pau et à Amboise et fit de nombreuses démarches pour le faire libérer, conformément aux engagements de la France.[réf. nécessaire] Le roman publié par un écrivain algérien, Waciny Laredj16 évoque cet aspect. Se pose aussi la question de son appartenance à la franc-maçonnerie. Il semble, en effet, qu'il ait adhéré à la loge Henri IV du Grand Orient de France. Il existe un échange de correspondances qui paraissent établir cette adhésion17. Certains Algériens contestent le fait et estiment que les lettres de l'émir doivent s'analyser comme l'expression de la curiosité intellectuelle de l'émir, et non pas comme la preuve d'une adhésion. Vu d'Algérie, un mystique et un combattant inflexible et trahiL'émir est aussi considéré en Algérie comme le père de la nation, héros trahi qui ne s'est rendu que pour préserver les Algériens d'un combat inégal et perdu d'avance. En Algérie, depuis quelques années, la figure du héros national s'est enrichie et les Algériens, grâce à toute une littérature mystique découvrent la dimension soufie du résistant à la conquête française. Chef militaire et communautaire, Abd el-Kader est décrit comme le concepteur de la capitale mobile : la Smala et surtout comme l'un des plus grands mystiques du XIXe siècle, qui a laissé un ouvrage d'une profondeur rare sur son propre cheminement intérieur : le livre des Haltes, Kitab al-Mawaqif. René Guénon reconnait en lui bien plus qu'un simple chef de guerre, mû par des principes d'un tout autre ordre, et un personnage d'une éminente stature akbharienne dans l'ordre du Tassawuf. Le professeur Boutaleb Chamyl18 conteste l'image d'un accord et dénonce "la trahison par l'occupant français". La négociation antérieure à l'armistice 19 avec le général Lamoricière montre que les quatre conditions posées par l'Émir pour l’arrêt des hostilités étaient acceptées (départ à Alexandrie ou à Saint-Jean-d'Acre, sort réservé à son lieutenant et bras droit Bouhmidi, possibilité pour ses partisans de le suivre, enfin possibilité pour les expatriés d'emporter leurs biens). La disproportion des forces faisait convenir aux hommes de l'émir qu'ils ne pouvaient pas battre la France, première puissance militaire du moment: le Maroc avait massé 155 000 hommes contre eux, en plus des 125 000 français. Abd El Kader n'avait que 1 200 hommes pour continuer une lutte qui visait à provoquer dans la mémoire collective un esprit de résistance. Le général de Neveu informa ses chefs que la tactique de l'émir était d’aller vers l’usure, et écrivit au duc d'Aumale, gouverneur d'Algérie, fils du roi des Français, qu'il avait accepté les conditions posées par l'émir et donc qu'il lui avait promis qu'il pouvait partir à Saint-Jean-d'Acre. La réaction de Louis-Philippe Ier, heureux de la fin de la guerre, contrasta avec celle de son ministre de la guerre le maréchal Guizot qui lui aurait répondu : « Sire, vous ne l’avez pas tué, vous ne l’avez pas capturé et il vient de remporter un armistice. C’est une défaite pour la France. Il faut le détourner pour le faire venir en France et qu'on annonce qu’il s’est rendu ». La lettre aurait alors été falsifiée: on aurait laissé l'expression « s’est rendu » et effacé « au rendez-vous » alors que « par » y aurait été remplacé par « à ». Son bateau (le Solon, un caboteur pour Alexandrie) détourné à Mers el-Kebir sous le fallacieux prétexte d'un problème technique, aurait été remplacé par l’Asmodée, un transatlantique qui pouvait donc débarquer l'émir en France, à Toulon. L'émir aurait compris qu’il venait d’être trahi : la France, pays des droits de l’Homme, aurait commis un parjure en l'emprisonnant et pour l’histoire, l’émir Abd el-Kader aurait fait l’objet d’une falsification.20. Œuvre
Les correspondances non éditées, selon El Mouradia. Postérité
Voir aussiKhaled el-Hassani ben el-Hachemi (dit émir Khaled, petit-fils de l'émir Abd el Kader) Notes et références
Source partielle« Abd el-Kader », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 détail de l’édition (Wikisource) Bibliographie
Liens externes
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