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Érotomanie
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Érotomanie
L’érotomanie est un trouble délirant dans lequel l'individu affecté est persuadé qu'il est aimé par un autre individu, habituellement inconnu ou une personnalité. Ce trouble survient lors d'une psychose, particulièrement chez les patients souffrant de schizophrénie ou de syndrome maniaque1. Lors d'un épisode d'érotomanie, le patient est persuadé qu'un « admirateur anonyme » lui déclare son affection, souvent par le biais de télépathie, de messages secrets, de regards, de messages dans les médias. Habituellement, le patient lui retourne cette « affection » en lui écrivant, en lui téléphonant et en lui faisant des cadeaux. Même quand ses avances sont rejetées par la personne qu'il aime, le sujet souffrant de cette maladie ne comprend pas le refus. Il ne peut pas comprendre le refus et imagine que son objet d'amour délirant use d'un stratagème pour cacher cet amour interdit au reste du monde2.
Il ne faut pas confondre le terme érotomanie avec l'« amour obsessionnel », une obsession d'amour non partagé ou la nymphomanie (voir Hypersexualité).
L'érotomanie est aussi appelée syndrome de Clérambault, d'après le psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérambault qui en présenta la première analyse complète (dans son ouvrage intitulé Les psychoses passionnelles) en 1921.
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Histoire
Dans la littérature psychiatrique, le trouble a été décrit en 1623 par Jacques Ferrand (Maladie d'amour ou mélancolie érotique). Il était appelé "paranoïa érotique" et "illusions auto-érotiques" jusqu'à l'usage habituel du terme érotomanie dans la description de Clérambault.
Jacques Lacan a consacré sa thèse de médecine à l'étude d'un cas paru en 19323. Dans ce travail, il présente le cas « Aimée » ; une femme avait agressé au couteau une actrice de théâtre
G.E. Berrios et N. Kennedy ont défini dans Érotomanie, une histoire conceptuelle (2002) plusieurs épisodes de l'histoire pendant lesquelles la définition de ce concept a profondément changé :
- Période classique au début du XVIIIe siècle : pathologie générale causée par un amour non réciproque
- du début du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle : pratique d'un amour physique excessif, aujourd'hui on parlerai plutôt d'hypersexualité
- du début du XIXe siècle au début du XXe siècle : amour sans retour comme forme de maladie mentale
- du début du XXe siècle à maintenant : croyance délirante d'être aimé par quelqu'un d'autre
Causes
Les causes de l'érotomanie ne sont pas connues. On a posé comme hypothèse que la carence affective durant l'enfance pourrait être un facteur de risque d'érotomanie. [réf. nécessaire].
Les plus exposés à cette maladie auraient un tempérament nerveux, une imagination vive, ardente, dominée par l’amour-propre, l’attrait des plaisirs, l’inoccupation, la lecture des romans, une éducation vicieuse[réf. nécessaire].
Un cas d'érotomanie apparu quatre ans après une rupture d’anévrisme cérébral (artère basilaire) avec saignement sous-arachnoïdien a été décrit 2
Symptômes
Forme typique
Dans cette forme, l'érotomanie est un état passionnel qui se rencontre chez une femme ou jeune femme célibataire. Il se déroule en trois phases :
- L'érotomane est d'abord persuadée que c'est l'autre « qui l'aime en secret », que c'est l'autre qui, le premier, fait des avances, mais qu'il n'ose pas ou ne peut pas se déclarer ou encore qu'il fait tout pour dissimuler son amour.
- Phase d'espoir : la plus longue, où le malade espère que l'être aimé va se déclarer ouvertement. La plupart du temps, l'érotomane reste dans cette phase ;
- Phase de dépit : la personne malade tombe le plus souvent dans la dépression, elle s'isole ; elle peut devenir agressive ou suicidaire ;
- Phase de rancune : l'agressivité se tourne vers la personne aimée et peut mener au meurtre.
Pour le malade, « il est naturel de détruire l'objet de son amour puisqu'il l'a déjà détruit. »
L'érotomanie peut être isolée – il est alors question de la paranoïa – ou bien, beaucoup plus rarement, associée à d'autres éléments délirants comme dans la schizophrénie. L’objet de l'érotomane est donc généralement un homme dont le statut social est plus élevé : acteur ou homme de spectacle, professeur, avocat, médecin, artiste, écrivain, politique, présentateur télé, parfois prêtre.
L'érotomanie est une grave maladie mentale avec un trait de caractère durable : elle peut durer des années, et même toute une vie[réf. nécessaire].
Variantes cliniques
- Selon le contexte:
- Habituellement hétérosexuelle, l'érotomanie peut-être également homosexuelle4.
- Érotomanie chez l'homme. plus rare Rapport femme/homme 3:1 5.
- S'il est classiquement célibataire, le sujet atteint peut, plus rarement, vivre en couple.
- Érotomanie mystique6.
- Selon la pathologie sous-jacente:
À côté de l'érotomanie pure, ou primaire, il existe des érotomanies secondaires pouvant survenir au cours d'une psychose paranoïaque chronique ou d'une schizophrénie paranoïde.
Délire paranoïaque
L'érotomanie est l'une des formes que peut prendre le délire paranoïaque. Elle en possède les caractéristiques : « Le malade interprète des faits de façon erronée par exemple, "Le présentateur du journal télévisé a remis son nœud de cravate pendant qu'il parlait, c'est un signe qu'il m'adresse" – mais très élaborée et logique »[citation nécessaire], explique un spécialiste en psychiatrie. Il n'y a pas non plus de critique, c'est-à-dire que la personne a une adhésion forte à son délire, elle est persuadée de la véracité de sa conviction.
Il se peut qu'avec l'évolution, le délire s’élargisse et devienne plus généralisé.
Il ne faut pas confondre l'érotomanie et une personnalité histrionique. Dans cette dernière, les idées amoureuses s’étendent à tous les objets qui ont un rapport avec elles ; tandis que pour le délire érotomane, ces idées portent le caractère de la monomanie, c’est-à-dire qu’elles sont fixes et déterminées sur un seul objet.
Traitements
L'érotomanie est une maladie rare. Elle est très longue et délicate à traiter. Une fois que le patient a été reçu en consultation psychiatrique, et en fonction du degré de son trouble, le traitement peut aller des mesures les plus légères (consultations régulières) aux plus lourdes : hospitalisation sous contrainte, avec sortie progressive très encadrée sous traitement psychotrope. Pour soigner le patient, celui-ci devrait accepter d’abandonner son idée de départ. Or, pour lui, la frontière entre conviction et délire est très mince. L’amour fantasmé représente pour lui comme un mécanisme de survie.
Le traitement est donc essentiellement médicamenteux, mais dans quelques cas, les électrochocs sont utilisés (surtout dans le cas de dépression majeure associée). Il peut arriver un développement d'une érotomanie pendant le traitement, vis-à-vis du thérapeute.
Exemples historiques
- La tentative de meurtre de Ronald Reagan par John Warnock Hinckley Jr. pour impressionner Jodie Foster
- Margaret Mary Ray a harcelé le présentateur télévisuel David Letterman et l'ancien astronaute Story Musgrave.
- Rebecca Schaefer a été harcelée et assassinée le 18 juillet 1989 par Robert John Bardo, que le Docteur Robert I. Simon a décrit comme érotomane dans son livre Les mauvais garçons font ce dont rêvent les hommes bons.
Annexes
Bibliographie
- L’Érotomanie ou la folie de l’amour chaste (la folie érotique), Benjamin Ball, 1888.
- Les Frontières de la folie, Alexandre Cullerre, chapitre VI « Érotomanes », 1888.
- Paranoïa érotique (Érotomanie), Richard von Krafft-Ebing, Traité clinique de psychiatrie, traduit sur la 5e édition allemande par le Dr Émile Laurent, 1897.
- Érotomanie pure. Érotomanie associée, Gaëtan Gatian de Clérambault, bulletin de la Société clinique de médecine mentale, juillet 1921.
- Les Délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie (présentation de malade), Gaëtan Gatian de Clérambault, 1921.
- Tropique du valium, de Patricia Finaly (Julliard, Paris, 1978).
- Bien que mon amour soit fou, Benoît Dalle, Yves Edel et Alejandro Fernandez, Les Empêcheurs de penser en rond, 1997. Dans ce livre, les auteurs, devant l'échec habituel des traitements classiques, proposent une thérapie reposant sur une relation plurielle et non plus duelle.
- Délire d'amour (Enduring Love), Ian Mac Ewan, 1997. Trad. Suzanne Mayoux, Gallimard, 1999.
Contient un appendice sur le Syndrome de Clérambault (trad. de la British Review of Psychiatrie) ainsi qu'une importante bibliographie.
Cinéma
- Un frisson dans la nuit, Play Misty for me, États-Unis, 1971, de et avec Clint Eastwood.
- L'Histoire d'Adèle H., France, 1975, de François Truffaut, avec Isabelle Adjani.
- Liaison fatale, Fatal Attraction, États-Unis, 1988, de Adrian Lyne, avec Glenn Close et Michael Douglas.
- Anjaam, Inde, 1994, de Rahul Rawail, avec Shahrukh Khan, Madhuri Dixit et Deepak Tijori
- À la folie... pas du tout, France, 2002, de Laetitia Colombani, avec Audrey Tautou, Samuel Le Bihan et Isabelle Carré.
- Anna M., France, 2007, de Michel Spinosa, avec Isabelle Carré et Gilbert Melki. Regards sur l'érotomanie
- Obsessed, États-Unis, 2009, de Steve Shill, avec Beyoncé Knowles, Idris Elba, Ali Larter.
- Une élève trop parfaite (The Perfect Teacher ), États-Unis, 2010, de Jim Donovan, avec Megan Park, David Charvet, Boti Bliss
Série télévisée
- Maigret chez le docteur, 2004, évoque une femme érotomane, amoureuse de son médecin, au point d'élaborer un crime abominable, qui finira par atteindre par erreur une personne qu'elle n'avait pas visée7.
- Nip/Tuck, 2006, saison 4 épisode 6, évoque une femme érotomane, amoureuse de son chirurgien plasticien et le menaçant de dénoncer leur aventure à la femme de celui-ci8.
Musique
- Le titre Erotomania sur l'album Awake sorti en 1994, de Dream Theater.
Notes et références
- (en) Remington GJ, Jeffries JJ, Erotomanic delusions and electroconvulsive therapy: a case series, vol. 55, juillet 1994, 306–8 p., chap. 7
- (en) Anderson CA, Camp J, Filley CM, « Erotomania after aneurysmal subarachnoid hemorrhage: case report and literature review », J Neuropsychiatry Clin Neurosci, vol. 10, no 3, 1998, p. 330–7 texte intégral, lien PMID
- Lacan J. De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité réédité depuis en collection Folio ISBN 2-02-005510-4
- cas d'Aimée par exemple chez Clérambault
- http://adisonline.com/cnsdrugs/Abstract/2005/19080/Erotomania__Epidemiology_and_Management.2.aspx
- voir Brenier de Montmorand, L'érotomanie des mystiques chrétiens in L'Année psychologique, année 1903, volume 10, numéro 10, p. 516. Paris.
- Maigret chez le docteur
- Résumé de Nip/Tuck épisode S04E06, sur Allociné.fr
Article connexe
Liens externes
- Esquirol, Érotomanie, Dictionnaire des sciences médicales, t. XIII, C. L. F. Panckoucke, Paris, 1815, p. 186-192.
- Benjamin Ball, L’Érotomanie ou la folie de l’amour chaste, in La Folie érotique, Librairie J.-B. Baillère et fils, Paris, 1888.
- Gaëtan Gatian de Clérambault et Lamache, Érotomanie pure persistant depuis 37 années, Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale (juin 1923).
- Gaëtan Gatian de Clérambault, Les délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie, Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale (février 1921).
- Gaëtan Gatian de Clérambault, Érotomanie Pure. Érotomanie Associée, Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale (juillet 1921).
- Aphrodite : Les Amours pathologiques sur le site Humanum.online.fr
