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Édouard Manet 
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Édouard Manet
Portrait d’Édouard Manet par Carolus-Duran autour de 1880
Portrait d’Édouard Manet par Carolus-Duran autour de 1880
Naissance 23 janvier 1832
Paris, France
Décès 30 avril 1883
Paris, France
Nationalité Français Drapeau de la France
Activité(s) Artiste-peintre
Maître Thomas Couture
Mouvement artistique oeuvre isolée, instigatrice du champ artistique moderne, ouvrant vers l'impressionnisme, le naturalisme, le symbolisme, les Nabis...
Œuvres réputées Le Déjeuner sur l'herbe, Olympia, La lecture, Portrait de Berthe Morisot, Le bar des Folies Bergères...
Influencé par la grande tradition muséographique, comme la peinture flamande, allemande, espagnole et italienne... La peinture espagnole réaliste de Diego Vélasquez à Goya l'a fasciné un moment, mais aussi les arts orientaux de l'estampe et du dessin.
Récompenses 1882 : Chevalier de la Légion d'honneur remise par son ami Antonin Proust.

Édouard Manet (né à Paris le 23 janvier 1832 - mort à Paris le 30 avril 1883) est un peintre français majeur de la fin du XIXe siècle.

Renonçant à devenir officier de marine comme le souhaitait sa famille bourgeoise, Édouard Manet se forme auprès du peintre académique Thomas Couture et peint avec Portrait de M. et Mme Auguste Manet sa première toile d'importance en 1861.

Ses tableaux suivants, Lola de Valence, en 1862, et plus encore en 1863, le célèbre Déjeuner sur l'herbe et la provocante Olympia, font scandale : rejeté des expositions officielles, il joue alors un rôle de premier plan dans la « bohème élégante ». Il y fréquente des artistes qui l'admirent comme Fantin-Latour ou Edgar Degas et des hommes de lettres comme le poète Baudelaire ou le romancier Émile Zola dont il peint un portrait célèbre et avec qui il rompra plus tard. C'est aussi le temps d'œuvres nombreuses et variées comme le portrait du Joueur de fifre (1866), le sujet historique de L'Exécution de Maximilien (1867) ou encore des marines comme Clair de lune sur le port de Boulogne (1869) ou des lieux de loisirs (Courses à Longchamp en 1864) qui valent au peintre un début de reconnaissance.

Après la guerre de 1870 à laquelle il participe, Manet soutient les Impressionnistes parmi lesquels il a des amis proches comme Claude Monet, Auguste Renoir ou Berthe Morisot qui devient sa belle-sœur et dont il fera le célèbre portrait Berthe Morisot au bouquet de violettes (1872). A leur contact il délaisse en partie la peinture d'atelier pour la peinture en plein air à Argenteuil et Gennevilliers et sa palette s'éclaircit comme en témoigne Argenteuil de 1874. Il conserve cependant son approche personnelle faite de composition soignée et de souci du réel, et continue à peindre de nombreux sujets, en particulier des lieux de loisir comme Au Café (1878), La Serveuse de Bocks (1879) et sa dernière grande toile Un bar aux Folies Bergère (1881-1882), mais aussi le monde des humbles (Paveurs de la Rue Mosnier, 1878) ou des autoportraits (Autoportrait à la palette, 1879).

Il peint aussi des natures mortes et des compositions florales (Roses et tulipe dans un vase, 1883), et des portraits de femmes (Nana, 1877, Femme blonde avec seins nus, 1878) ou de ses familiers comme le poète Stéphane Mallarmé en 1876 ou Georges Clemenceau en 1879-1880. Il est alors de plus en plus reconnu et reçoit la Légion d'honneur le 1er janvier 1882. Cependant, victime de syphilis et de rhumatismes, il souffre, à partir de 1876, de plus en plus de sa jambe gauche qu'il faudra finalement amputer.

Édouard Manet meurt de la gangrène à 51 ans en 1883 et laisse plus de quatre cents toiles d’une remarquable variété, sans parler d’innombrables pastels, esquisses et aquarelles. Ses plus grandes œuvres sont aujourd'hui visibles dans tous les musées du monde, particulièrement au Musée d'Orsay à Paris.

Sommaire

Premières années et Formation

Enfance

Édouard Manet voit le jour le 23 janvier 1832 au numéro 5 de la rue Bonaparte (à l'époque rue des Petits Augustins), dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés. Son père Auguste, fervent républicain, était un haut fonctionnaire, chef de division au ministère de la Justice et descendait d’une illustre famille bourgeoise de la capitale. Mme Eugénie Désirée Manet (née Fournier), quant à elle, était la fille d’un diplomate affecté à Stockholm, qui avait su si bien acquérir la confiance du roi de Suède que ce dernier avait autrefois accepté de devenir le parrain de la mère de Manet. Bien qu’élevé dans cette famille aux mœurs austères, le jeune Édouard peut découvrir rapidement le monde artistique grâce à l’influence d’un oncle assez excentrique, le capitaine Édouard Fournier, qui entraîne très tôt Édouard et son frère Eugène dans les galeries du musée du Louvre pour y admirer les grands maîtres.

À l’âge de douze ans, Édouard Manet est envoyé au collège Rollin (aujourd’hui le lycée Jacques-Decour), au pied de la butte Montmartre. Il a notamment pour professeur d’histoire le jeune Henri Wallon, dont le célèbre amendement allait plus tard constituer la pierre angulaire de la Troisième République. Les performances scolaires de Manet semblent avoir été très décevantes : le jeune garçon se montre régulièrement dissipé, assez peu appliqué et fait même parfois preuve d’insolence. Son camarade Antonin Proust rapporte par exemple une altercation du futur peintre révolté avec Wallon au sujet d’un texte de Diderot sur la mode : le jeune homme se serait exclamé qu’ « il faut être de son temps, faire ce que l’on voit sans s’inquiéter de la mode ».1 Manet agrémente à cette époque la plupart de ses cahiers de caricatures particulièrement assassines de ses professeurs ou de ses voisins de classe, au point d’acquérir rapidement une grande renommée en ce domaine parmi ses camarades.

Voyage au Brésil

L'Évasion de Rochefort
1881 (143 x 114 cm)
Kunsthaus, Zurich

Les mauvais résultats obtenus par Édouard imposent à sa famille de réviser à la baisse les ambitions nourries autrefois à l’égard de leur fils aîné. Étant donné qu’une carrière dans le monde juridique semble d’ores et déjà à exclure, les parents ne s’opposent pas au souhait soudainement exprimé par Manet de devenir marin. Un premier échec à l’entrée de l’École navale interdit cependant au jeune homme d’accéder au métier par la voie la plus noble, et lui impose une formation sur le tas : alors qu’il n’est encore âgé que de seize années et que la fièvre révolutionnaire de la Seconde République vient à peine de s’apaiser, Édouard embarque en décembre 1848 sur le bateau-école Havre et Guadeloupe à destination de Rio de Janeiro, en qualité de simple pilotin 2.

Cette expérience, si elle ne confirme finalement pas la vocation maritime de Manet, lui a été néanmoins précieuse dans le développement de sa personnalité. Son séjour au Brésil lui a donné un goût certain pour l’exotisme, pour les femmes, et lui a fourni une confrontation brutale avec la réalité de l’esclavage. Toutes ces influences resteront perceptibles dans nombre de ses œuvres, notamment dans son Olympia. Le jeune homme a vécu aussi très profondément sa rencontre spirituelle avec l’univers de la mer, et en a conservé toute sa vie une fascination qu’il a exprimée en particulier dans sa série de paysages marins du type de L'Évasion de Rochefort, hommage au polémiste anti-impérial Henri Rochefort et à son évasion d’un bagne de Nouvelle-Calédonie.

Apprentissage à l’atelier de Thomas Couture

Portrait du Tintoret par lui-même, copie d'après le tableau du Louvre
1854 (61 x 51 cm)
Musée des Beaux-Arts de Dijon

Édouard Manet revient d’Amérique du Sud en juin 1849. L’expérience acquise au cours de ce long voyage ne lui permet cependant pas d’entrer à l’École navale, où il échoue une nouvelle fois. Loin de l’affliger, ce revers achève de persuader Manet que son avenir passe nécessairement par une carrière artistique. Dès l’automne, le jeune homme obtient l’accord de ses parents pour entrer, avec son ami Antonin Proust, dans l’atelier du peintre Thomas Couture, où il reste environ six ans 3.

On considère souvent Thomas Couture comme l’une des figures emblématiques de l’art académique très formel de la seconde moitié du XIXe siècle, caractérisé notamment par un attrait quasi exclusif pour le monde antique et pour les sujets empreints de gravité. Le peintre doit cette réputation à son chef-d’œuvre des Romains de la décadence, présenté peu de temps auparavant au Salon de Paris de 1847. Son style, à l’époque, passait cependant pour novateur en comparaison d’autres artistes académiques beaucoup plus ternes et lourds, ce qui explique le choix, en réalité audacieux, de Manet.

Manet consacre l’essentiel de ces six années à l’apprentissage des techniques de base de la peinture et à la copie de quelques œuvres de grands maîtres exposées au musée du Louvre : ainsi de l’Autoportrait du Tintoret, du Jupiter et Antiope attribué au Titien ou d’Hélène Fourment et ses enfants, œuvre de Rubens. Son attirance pour le moderne est perceptible dès cette période, puisqu’il obtient de Delacroix la permission de copier La Barque de Dante, alors exposée au musée du Luxembourg. Le jeune peintre, même s’il a réalisé probablement quelques œuvres originales à cette époque de sa vie, les a sans doute détruites par la suite en signe de désaveu.

Vénus d'Urbin, copie d'après le tableau de la galerie des Offices de Florence
1856 (24 x 37 cm) Coll. particulière

Manet prend soin de compléter sa formation par une série de voyages culturels à travers l’Europe : on trouve trace de son passage au Rijksmuseum d’Amsterdam en juillet 1852. Il réalise par ailleurs deux séjours en Italie : le premier, en 1853, est réalisé en compagnie de son frère Eugène et lui sert d’occasion pour copier la célèbre Vénus d'Urbin du Titien, à la galerie des Offices de Florence, dont il s’inspirera par la suite pour Olympia. Au cours du second voyage, en 1857, Manet refait un passage dans la cité des Médicis pour y croquer quelques fresques d’Andrea del Sarto au cloître de l’Annunziata. Outre les Pays-Bas et l’Italie, l’artiste a profité de son déplacement de 1853 pour visiter l’Allemagne et l’Europe centrale, en particulier les musées de Prague, Vienne, Munich ou Dresde.

L’indépendance d’esprit manifestée par Manet tend cependant à alimenter une certaine tension entre le jeune homme et son maître. Couture, dérouté par l’obstination de son élève à choisir des sujets simples et réalistes et à peindre des modèles habillés, finit par lui prédire qu’il ne sera jamais que le « Daumier de son temps »4, autrement dit un caricaturiste aux goûts grossiers. Cette divergence artistique grandissante conduit Manet à quitter l’atelier Couture en 1856, et à emménager dans son propre local, rue Lavoisier, avec son ami, Albert de Balleroy.

C'est dans cet atelier qu'il peint, en 1859, le portrait intitulé l'Enfant aux Cerises. L'enfant était âgé de 15 ans et Manet l'avait engagé pour laver ses brosses. Il a été retrouvé pendu dans l'atelier par Manet, qui, frappé par ce suicide, s'est installé dans un autre local.

Les débuts du peintre

Période hispanisante et réaliste : l’ombre de Vélasquez

Le Buveur d'absinthe
1858-1859 (180,5 x 105,6 cm)
Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague

Après quelques dernières années employées à copier et à apprendre des grands tableaux, c’est au Salon de 1859 que Manet se décide à dévoiler officiellement sa première œuvre, intitulée Le Buveur d'absinthe. La toile, de facture nettement réaliste, dénote l’influence indéniable de Gustave Courbet, mais constitue surtout un vibrant hommage à celui que Manet a toujours considéré comme son modèle ultime et comme « le peintre des peintres »5, Diego Vélasquez. En l’occurrence, on constate une parenté spirituelle évidente entre le Buveur d’absinthe et le Ménippe du grand maître espagnol. Nombre des peintures d’Édouard Manet comporteront ainsi des références évidentes ou plus subtiles à son illustre prédécesseur. Le personnage du tableau, de manière assez comique, fera une réapparition totalement incongrue dans une toile ultérieure, Le Vieux Musicien, qui a également la particularité d’être le tableau de Manet aux dimensions les plus larges.

Le Buveur d'absinthe est à l’origine du premier refus et, incidemment, du premier scandale dont Manet a fait l'objet. Outre la trivialité et le réalisme quasi naturaliste du sujet, la toile est raillée pour son manque global de finition (en réalité volontaire), plus particulièrement au niveau du visage ou du pantalon, à peine esquissés. Le jeune artiste bénéficie pourtant de plusieurs soutiens remarqués, avec notamment Eugène Delacroix, qui assure sa défense auprès du jury, et surtout Charles Baudelaire, qui venait de faire sa connaissance et s’employait à le faire connaître dans la société parisienne (voir infra).

Manet, à cette période de sa vie, est marqué par une certaine fascination pour l’art de la péninsule ibérique 6, qu’il associe au réalisme, par opposition à l’art italianisant des Académiques, plus formel et déconnecté du monde contemporain. Déjà bien avant son premier voyage en Espagne en 1865, il consacre donc plusieurs toiles à ce qu’il désigne lui-même comme des « sujets espagnols » : à la danseuse énigmatique et si intensément baudelairienne de son Lola de Valence répond comme en écho le guitarero romantique du Chanteur espagnol. Manet confirmera son attachement à l’Espagne avec le Jeune Homme en costume de majo et Mlle V. en costume d'espada, exposés au Salon des Refusés de 1863. (voir infra)

Le style espagnol étant à la mode, entre autres depuis la création de la « galerie espagnole » par Louis-Philippe, son Chanteur lui permet pour la première fois d’être accepté à un Salon de Paris en 1861, où il peut également exposer le portrait de ses parents (voir ci-dessus). Le Chanteur espagnol obtient la mention « honorable » et plaît non seulement à Baudelaire mais aussi à Théophile Gautier, qui en loue la « couleur très vraie » et la « brosse vaillante »7. Le succès officiel de Manet, toutefois, n'est que de courte durée, et va bientôt laisser place aux scandales à répétition : la légère désapprobation quant aux couleurs et à l’érotisme suggéré de Lola de Valence ne constitue en réalité que le prélude à l’affaire d’Olympia.

La dernière toile de Manet pouvant être spécifiquement qualifiée de « sujet espagnol » est son Homme mort, daté de 1864. L’œuvre, à l’origine, n’estt en fait qu’une partie d’une composition plus vaste destinée au Salon de la même année, et intitulée Épisode d’une course de taureaux : le peintre, de son propre aveu mécontent, découpe et conserve la seule partie réussie du tableau pour mettre un terme aux moqueries du public, qui s’amusait de la taille minuscule du taureau en arrière-plan.

Entrée dans la vie mondaine

Édouard Manet avait la réputation d’être un jeune homme plein d’assurance, volontiers amical et sociable. C’est pourquoi l’époque de ses premiers succès ou scandales est aussi celle de son entrée remarquée dans les cercles intellectuels et aristocratiques parisiens. Outre la petite cour de jeunes peintres admiratifs s’étant déjà ralliés à sa cause (Fantin-Latour, Degas…), Manet fréquente assidûment le jardin des Tuileries, où il réalise des esquisses en plein air en compagnie de son ami Baudelaire, et le café Tortoni, où lui et ses compagnons de la « bohème élégante » ont leurs habitudes.

L’univers à la fois huppé et raffiné dans lequel évoluait Manet, propre au Paris du XIXe siècle, est sans doute le mieux rendu par la célèbre Musique aux Tuileries, qui dépeint un concert donné au jardin et dans lequel Manet se plaît à faire figurer un certain nombre des personnes qui lui sont proches. La silhouette de Baudelaire n’est qu’esquissée, juste au-dessus de la première dame habillée en blanc en partant de la gauche. Cette dernière, installée à côté de Mme Offenbach, n’est autre que Mme Lejosne, chez qui Manet a fait la connaissance de Baudelaire 8. Le peintre s’est lui-même représenté sous les traits du personnage barbu le plus à gauche de la composition. Quant à son frère, Eugène Manet, le tableau le dépeint légèrement incliné vers la gauche, devisant avec une autre femme.

La toile, qui symbolise nettement la rupture faite par le peintre avec sa période réaliste, reçoit un accueil défavorable de la part des critiques, qui accusent Manet de ne travailler que par esquisses floues et d’ « écorcher les yeux comme la musique des foires fait saigner l’oreille »9. C’est bien La Musique aux Tuileries, davantage que Le Déjeuner sur l'herbe, qui semble constituer une anticipation du mouvement impressionniste.

Plus de dix années plus tard, au printemps 1873, Manet réalisera une toile d’une facture similaire à celle de La Musique aux Tuileries, intitulée Bal masqué à l'opéra et où figurent plusieurs de ses connaissances. L’opéra en question, situé rue Le Peletier dans le IXe arrondissement, devait d’ailleurs être réduit en cendres par un incendie la même année. La toile joue sur les contrastes de couleurs entre les hommes, entièrement vêtus de noir, et les comédiens habillés de façon extravagante.

Les Courses à Longchamp
1867 (43,9 x 84,5 cm)
The Art Institute, Chicago

Parmi les autres grands rendez-vous mondains du Paris du XIXe siècle, les courses hippiques de Longchamp occupent une place non négligeable. Édouard Manet s’inspire de cet évènement festif pour réaliser une toile particulièrement novatrice. Dans Les Courses à Longchamp, en effet, les chevaux sont représentés non de profil mais de face, comme si le peintre se trouvait au beau milieu de la piste. Le tableau, ainsi, semble préfigurer l'esthétique impressionniste.

Le Salon des Refusés de 1863 : gloire et scandale

Pour la première fois dans l’histoire du Salon officiel et annuel de Paris, on permet en 1863 aux artistes refusés d’exposer malgré tout leurs œuvres dans une petite salle annexe à l’exposition principale, et où les visiteurs les plus audacieux peuvent poursuivre leur parcours s’ils le désirent : c’est le fameux Salon des Refusés. Édouard Manet, en y exposant trois œuvres controversées, s’impose comme une figure désormais incontournable de l’avant-garde.

Le Bain, ou Le Déjeuner sur l’herbe

Article détaillé : Le Déjeuner sur l'herbe

Parmi les trois peintures exposées au Salon, la composition centrale du Déjeuner sur l’herbe suscite les réactions les plus considérables. Le scandale est dû à plusieurs facteurs, ce qui explique son envergure : en premier lieu, et bien que cela soit moins visible que dans La Musique aux Tuileries, Manet confirme sa rupture stylistique avec le classicisme et l’académisme, pour se rapprocher de la technique impressionniste. Comme l’a involontairement noté un critique de l’époque, selon lequel « Manet aura du talent le jour où il saura le dessin et la perspective »9, le peintre s’exprime dans des formes brutales et des couleurs chatoyantes qui rompent avec la technique traditionnelle.

Mais la polémique, en réalité, vient moins du style de la toile que de son sujet : si le nu féminin est déjà répandu et apprécié, à condition d’être traité de façon pudique et éthérée, il est véritablement choquant de faire figurer dans la même composition deux hommes tout habillés, a fortiori vêtus des costumes de l’époque. Une telle mise en scène, dénuée de toute hypocrisie, exclue en effet la possibilité d’une interprétation mythologique et donne au tableau une forte connotation sexuelle. Le critique Ernest Chesneau, résumant ce malaise, affirme ne pouvoir « trouver que ce soit une œuvre parfaitement chaste que de faire asseoir sous bois, entourée d’étudiants en béret et en paletot, une fille vêtue seulement de l’ombre des feuilles »10. Le Déjeuner sur l’herbe ne fait pourtant que s’inspirer d’une œuvre de Raphaël représentant deux nymphes, et du Concert champêtre du Titien, la seule différence avec ces deux peintures étant l’habillage contemporain des deux hommes. Manet, de cette manière, relativise et ridiculise les goûts et les interdits de son époque 11.

Les deux autres œuvres de la trilogie

Outre Le Déjeuner sur l'herbe, qui occupe le centre du mur alloué à Manet, deux sujets espagnols sont également proposés par le jeune peintre. À gauche se trouve le Jeune Homme en costume de majo. Ce personnage à l’allure fière n’est autre que le plus jeune frère de Manet, Gustave. L’œuvre, une fois de plus, déroute les critiques, notamment en raison du fort contraste s’établissant entre la couverture rouge, si bien travaillée et détaillée, et le visage à peine esquissé du majo.

À droite du Déjeuner figure un audacieux portrait du modèle fétiche de Manet, Victorine Meurent (voir infra), travestie en homme. Dans Mlle V. en costume d’espada, Victorine feint de participer en tant qu’espada à une tauromachie. Tout est mis en œuvre cependant pour montrer que le sujet n’est qu’une supercherie : Victorine, du fait de la menace représentée par le taureau, ne devrait normalement pas fixer le spectateur avec autant d’insistance. L’ensemble de la scène est tout simplement un prétexte visant à représenter la modèle dans des habits masculins et donc à faire ressortir de manière plus éclatante encore sa féminité.

Olympia, ou l’entrée dans la modernité

Article détaillé : Olympia

Olympia
1863 (130,5 x 190 cm) Musée d'Orsay, Paris

Bien que Manet ait finalement décidé de ne pas l’exposer au Salon des Refusés et de ne la dévoiler que deux ans plus tard, c’est bien en 1863 qu'est réalisée la toile d’Olympia. L’œuvre, qui allait susciter une controverse encore plus féroce que le Déjeuner sur l'herbe, représente une prostituée semblant sortir tout droit d’un harem à l’orientale et s’apprêtant visiblement à recevoir un client qui s'annonce avec un bouquet. Le tableau, qui associe et fait ressortir avec puissance le contraste entre la femme blanche et la femme noire, s’inscrit en réalité dans la longue tradition artistique et très académique dite de « l’odalisque à l’esclave » : ainsi des Odalisques d’Ingres, ou encore de l’Odalisque de Benouville et de celle de Jalabert dans les années 1840. Mais Olympia, avant tout, se veut une référence audacieuse à la célèbre Vénus d'Urbin du Titien.

Contrairement au Déjeuner sur l’herbe, Olympia n’est donc pas tant choquante par son thème que par la manière dont ce thème est traité. Outre qu’elle soit entièrement nue, la modèle (Victorine Meurent) s’affiche avec une insolence et une provocation indéniables 12. L’atmosphère générale d’érotisme, surtout, est renforcée par la présence du chat noir à la queue relevée, aux pieds de la jeune fille. L’animal fut ajouté par Manet, non sans humour, afin de remplacer l’innocent chien figurant dans la Vénus d’Urbin, et peut-être également afin de désigner par métaphore ce que la jeune fille cache précisément de sa main. D’autres éléments de la composition ont longtemps perturbé les critiques : c’est le cas du bouquet de fleurs, nature morte s’invitant de manière incongrue dans un tableau de nu, mais aussi du bracelet (qui appartenait à la mère du peintre !) et de la grossièreté de la perspective.

Bien que Manet ait à l’évidence cherché le scandale, l’avalanche de récriminations dont il est la victime l’accable assez fortement, et le soutien de son ami Charles Baudelaire l’aide à passer ce cap difficile de sa vie. (voir infra)

L’entourage de Manet

Les proches d’Édouard Manet, qu’il s’agisse de sa famille directe ou de ses amis du monde de l’art, ont été absolument déterminants dans l’évolution de la carrière du peintre qui a la particularité d’avoir fréquemment peint les personnes qui partageaient sa vie.

Famille

Sa compagne Suzanne Leenhoff

La Lecture
Vers 1865 (74 x 61 cm)
Musée d'Orsay, Paris

Suzanne Leenhoff est sans aucun doute la Néerlandaise corpulente et placide, que Berthe Morisot appelait affectueusement « la grosse Suzanne »9. Elle avait en effet le tempérament adéquat pour vivre aux côtés du peintre et supporter avec le sourire ses nombreuses infidélités. Édouard Manet, attaché à Suzanne pour l'équilibre qu'elle lui apportait, finit par l'épouser en octobre 1863, alors qu'il en avait eu, selon Adolphe Tabarant, un fils, Léon, dès 1852. Le père de Manet était décédé un an avant ce mariage.

La silhouette tranquille et apaisante de Suzanne figure à de nombreuses reprises dans l'œuvre de Manet. On compte plusieurs portraits restés célèbres, notamment La Lecture, où Mme Manet écoute avec attention les paroles de son fils Léon : les tonalités et les couleurs de cette toile, très douces, en font un remarquable exemple d'impressionnisme. Dans Suzanne Manet à son piano, l'époux de la jeune femme met en valeur le grand talent qu'elle avait pour jouer cet instrument, au point qu'elle a pu apaiser les derniers jours de Baudelaire en jouant du Wagner. Enfin, c'est également la fidèle compagne du peintre qui sert de modèle au nu féminin de La Nymphe surprise.

Son fils Léon Leenhoff

Bien qu’aucune preuve directe de paternité ne puisse être établie, Édouard Manet est sans aucun doute le père biologique du fils de Suzanne, Léon Leenhoff, qu’il a élevé d’ailleurs comme son fils. Les raisons ayant poussé le peintre à ne jamais reconnaître sa paternité, même après son mariage, restent assez énigmatiques, de même que la nature exacte des relations qu’il entretenait avec le jeune garçon. Ce dernier, jusqu’à un âge avancé, l’appelait « parrain », d’où une certaine ambiguïté.

Il est possible de suivre le mûrissement progressif de Léon à travers les portraits que Manet a fait de lui, depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence. C’est encore un tout jeune enfant qui pose, déguisé en page espagnol, dans L'Enfant à l'épée, à l’époque où le peintre accumulait les sujets espagnols. Plus tard, dans Les Bulles de savon, un Léon âgé de quinze ans s’amuse à faire des [bulles dans un bol de savon, peut-être afin de symboliser la brièveté de la vie. Mais surtout, on retient de Léon Leenhoff le visage d’un adolescent rêveur et mystérieux, tel qu’il apparaît dans le célèbre Déjeuner dans l'atelier, réalisé à l’appartement familial de Boulogne-sur-Mer, où les Manet passaient l’été. Cette toile, acceptée et exposée au Salon de Paris de 1869, résume parfaitement l’œuvre de Manet en ce qu’elle a parfois de bizarre ou d’absurde grâce à un rassemblement d’éléments totalement hétéroclites : trois personnages indifférents les uns aux autres, un repas mêlant huîtres et café, des armes et des accessoires de combat, sans oublier bien sûr la présence de l’incontournable chat noir, qui, depuis Olympia, symbolise Manet aux yeux des critiques.

Sa belle-sœur Berthe Morisot

Berthe Morisot au bouquet de violettes (détail)
1872 (55 x 38 cm)
Coll. particulière

Un jour qu’il déambule au musée du Louvre, Manet, par l’intermédiaire de Fantin-Latour, fait la connaissance d’une jeune peintre dont le talent novateur et la beauté mélancolique semblent ne faire qu’un. D’emblée impressionné par Berthe Morisot, Manet la persuade de poser pour lui dans différents tableaux. Outre le remarquable Berthe Morisot au bouquet de violettes, encensé plus tard par Paul Valéry, c’est surtout Le Balcon qui va frapper les esprits. La toile, inspirée des Majas au balcon de Francisco Goya, a été réalisée à la même époque et dans la même intention que le Déjeuner dans l'atelier. Les trois personnages, tous amis de Manet, semblent n’être reliés par rien : tandis que Berthe Morisot, à gauche, fait figure d’héroïne romantique et inaccessible, la jeune violoniste Fanny Claus et le peintre Antoine Guillemet paraissent habiter un autre monde. Le vert agressif et audacieux du balcon, par ailleurs, a fait couler beaucoup d’encre.

Berthe Morisot devient la belle-sœur de Manet en 1874 lorsqu’elle se marie avec le frère de ce dernier, Eugène. Influencée notamment par son beau-frère, elle s’imposera ensuite comme une figure essentielle du mouvement impressionniste.

Amitiés littéraires

Alors même qu’il n’était encore qu’un jeune peintre fort obscur, Édouard Manet avait déjà fait la connaissance et conquis l’amitié de Charles Baudelaire. Les deux hommes se rencontrent dès 1859 dans le salon du commandant Lejosne, ami de la famille Manet. Bien que Baudelaire n’ait jamais écrit publiquement pour soutenir son ami, y compris pendant le scandale du Salon des Refusés de 1863, il tient le talent du jeune homme en haute estime dès la présentation du Buveur d'absinthe. Comme il l’avait noté en 1865, peu avant sa mort, « il y a des défauts, des défaillances, un manque d’aplomb, mais il y a un charme irrésistible. Je sais tout cela, je suis un des premiers qui l’ont compris »13.

L’amitié de Charles Baudelaire a été particulièrement bénéfique à Manet après la présentation d’Olympia : le peintre, sans le laisser paraître, avait été fortement abattu par les critiques féroces qui lui avaient été adressées, et en avait touché un mot à son ami, alors en séjour à Bruxelles. La lettre mémorable que Baudelaire envoie en réponse est à la fois ferme et amicale : invitant Manet à faire taire son orgueil, le poète relativise la portée des attaques dont son ami est victime par rapport à celles que d’autres grands artistes ont pu endurer, allant jusqu’à dire que Manet n’est somme toute « que le premier dans la décrépitude de [son] art »14. Ce commentaire corrosif, dans la bouche d’un poète fasciné par le thème de la décadence, est bien sûr en réalité un compliment. La mort de Baudelaire, survenue prématurément en 1867, a été un coup rude pour Manet et sa femme Suzanne, qui perdaient à la fois un protecteur et un ami.

C’est cependant à cette époque qu’Édouard Manet reçoit le soutien bruyant d’un jeune auteur audacieux de vingt-six ans, Émile Zola 15. Ce dernier, révolté par le refus opposé au Joueur de fifre pour le Salon officiel de 1866, publie la même année un article retentissant dans L’Événement, dans lequel il prend la défense du tableau. L’année suivante, Zola va jusqu’à consacrer une étude biographique et critique très fouillée à Édouard Manet, afin de permettre la « défense et illustration » de sa peinture, qu’il qualifie de « solide et forte »16 et associe – peut-être à tort – au naturalisme. Il semble aujourd’hui indéniable que toutes ces manifestations de soutien comportaient une certaine part de calcul : le jeune écrivain, en se positionnant clairement en faveur du représentant emblématique de l’avant-garde qu’était Manet, s’assurait sa propre réputation et sa propre gloire.

Manet n’en a pas moins été reconnaissant envers son nouvel ami, et il réalise dès 1868 le Portrait d'Émile Zola, accepté au Salon de la même année. La toile contient plusieurs éléments anecdotiques et discrets révélant l’amitié des deux hommes : outre la reproduction d’Olympia accrochée au mur, et dans laquelle le regard de Victorine Meurent a d’ailleurs été légèrement modifié par rapport à l’original afin de fixer Zola, on distingue sur le bureau le livre bleu-ciel que l’écrivain avait rédigé pour défendre Manet. L’entente entre les deux hommes, toutefois, ne durera pas : de plus en plus perplexe face à l’évolution impressionniste que connaissait le style de Manet, bien loin du réalisme qu’il prisait, Zola finit par rompre tout contact.

Ce n’est que plus tard dans sa vie que Manet retrouvera chez un homme de lettres l’amitié profonde et spirituelle qu’il avait ressentie pour Baudelaire, en la personne de l’autre grand poète qu’est Stéphane Mallarmé 17. Ce dernier, plus jeune de dix ans, ressent une telle admiration pour l’art lumineux et transparent de Manet qu’il publie à Londres, en 1876, un article élogieux à son sujet, en anglais. Dans ce texte, intitulé Les Impressionnistes et Édouard Manet, Mallarmé prend la défense de son compatriote, et en particulier du tableau Le Linge, une représentation sans prétention d’une jeune femme des Batignolles lavant son linge, œuvre refusée au Salon car mêlant un thème trivial et un style impressionniste. Manet exécute en retour un Portrait de Stéphane Mallarmé resté célèbre, tant, comme le dira Georges Bataille, il « rayonne l’amitié de deux grands esprits »18. Les deux hommes, tout au long des dernières années de la vie de Manet, se verront quasiment tous les jours, et la mort du peintre plongera le poète dans une grande tristesse.

Amitiés artistiques : la « bande à Manet »

Article détaillé : Groupe des Batignolles

Au fur et à mesure que Manet gagne en âge, un nombre grandissant de jeunes artistes se revendiquent de son esprit en s’opposant à leur tour à l'esthétisme officiel. Prônant la peinture en plein air et se qualifiant eux-mêmes, tour à tour, d’Intransigeants, de Réalistes ou encore de Naturalistes, la critique va finalement, avec ironie, les surnommer « Impressionnistes ». Parmi ces jeunes talents, certains vont se rapprocher de Manet et former le groupe dit « des Batignolles », ainsi nommé en référence au quartier des Batignolles où se trouvaient l’atelier de Manet et les principaux cafés que la bande fréquentait. On compte notamment dans ce groupe les peintres Paul Cézanne, Auguste Renoir, Frédéric Bazille ou Claude Monet.

Argenteuil
1874 (149 x 115 cm)
Musée des Beaux-Arts, Tournai

De tous ces jeunes disciples, l’ami le plus intime de Manet est incontestablement Claude Monet, futur chef de file de l’impressionnisme. Les familles des deux peintres, comme prédestinées par leur quasi-homonymie, deviennent vite très proches et passent de longues journées ensemble dans l’apaisante verdure d’Argenteuil, chez les Monet. Ces visites régulières sont l’occasion pour Édouard Manet de réaliser plusieurs portraits intimistes de son ami, comme celui ironiquement appelé Claude Monet peignant dans son atelier, et surtout de s’essayer à imiter le style et les thèmes favoris de ce dernier, en particulier l’eau. L’émulation est par exemple visible dans le célèbre Argenteuil, où Manet force volontairement son trait pour se rapprocher de l’impressionnisme par nature plus tranché de Monet, avec une Seine d’un bleu outrancier.

Cette admiration réciproque n’empêche cependant pas les deux hommes de développer, indépendamment l’un de l’autre, leurs propres styles. On peut ainsi utilement comparer deux vues de Paris réalisées le même jour sur le même sujet en 1878, à l’occasion de l’Exposition universelle : tandis que La Rue Mosnier aux drapeaux de Manet présente un paysage austère et presque aride, le faste luxuriant de La Rue Montorgueil de Monet révèle un point de vue radicalement différent.

Édouard Manet est également très lié au peintre Edgar Degas, bien que ce dernier n’ait pas fait spécifiquement partie du groupe des Batignolles. Les deux hommes se montrent particulièrement inséparables aux heures sombres de la guerre franco-allemande de 1870 lorsque, pris au piège dans le Paris assiégé en compagnie de son ami, Manet ne pouvait communiquer que par lettres avec sa femme Suzanne réfugiée en province. Manet et Degas se trouvent d’autres affinités pendant la Commune de Paris par leur opposition conjointe au parti versaillais. Bien que les deux hommes se soient souvent querellés et affrontés pour obtenir la prééminence dans l’avant-garde artistique, Degas conservera toujours une grande estime pour Manet et contribuera à promouvoir l’œuvre de ce dernier après sa mort.

Victorine Meurent : la Femme selon Manet

Portrait de Victorine Meurent
1862 (42,9 x 43,7 cm)
Museum of Fine Arts, Boston

Le visage de Victorine Meurent, aisément reconnaissable, est celui qui revient le plus régulièrement dans l’œuvre de Manet. Le peintre, subjugué par la beauté fraîche et un peu insolente de la jeune femme, en fait très rapidement son modèle préféré, notamment pour ses peintures de nu. Victorine apparaît ainsi dans les tableaux les plus célèbres de Manet : en premier lieu dans Le Déjeuner sur l'herbe, bien sûr, où elle est dépeinte assise et entièrement dévêtue. La mystérieuse Olympia, de même, n’est autre que Victorine. Édouard Manet, dans chacun de ces deux cas, altère légèrement les traits de la jeune femme pour qu'ils correspondent mieux avec l’idée qu’il se fait de la toile à accomplir.

À ceux qui auraient pu reprocher au peintre de ne réaliser que des nus lascifs et provocants de sa jeune égérie, Manet répond par deux très beaux portraits d’une Victorine habillée de pied en cap. Dans La Chanteuse de rue, Manet déguise son modèle en une modeste chanteuse sortant d’un cabaret à la nuit tombée et dégustant étrangement quelques cerises. La Femme au perroquet avec son petit bouquet de violettes, quant à elle, est surtout un clin d’œil à une toile homonyme de Gustave Courbet représentant une femme nue avec un perroquet.

Plus de dix années après la grande époque des scandales, c’est sans doute pour rendre hommage à leur longue relation artistique et [amoureuse qu’Édouard Manet réalise un dernier portrait de Victorine, Le Chemin de fer, où l’ancienne femme libérée s’est métamorphosée en une dame parfaitement respectable tenant compagnie à une petite fille, devant la gare Saint-Lazare. Cette œuvre, marquée par le symbole de la grille en fer, semble tirer un trait sur le passé avec une certaine amertume, et le chat inquisiteur d’Olympia laisse place à un petit chien sagement endormi. Cependant, Manet, dès cette époque, commence à souffrir d’une santé précaire.

Maturité d'un regard de la peinture moderne

Édouard Manet, dans la dernière période de sa vie, réalise des œuvres d’une remarquable variété, allant des portraits aux marines. Toutes vont influencer de façon marquée l’école impressionniste.

Peintures historiques

La peinture historique, en raison de son caractère très académique, reste un genre nettement marginal dans l’œuvre de Manet, et seules deux toiles peuvent revendiquer l’appartenance à cette catégorie. La première, réalisée en 1864, immortalise une bataille navale de la guerre de Sécession s’étant déroulée au large de Cherbourg, entre le navire fédéral Kearsarge et le bâtiment confédéré Alabama. Le Combat du Kearsarge et de l'Alabama, en dépeignant l’Alabama prêt à sombrer, est une annonce prémonitoire de la défaite finale des sudistes. Le fait que les deux bateaux soient relégués si loin en arrière-plan n’a pas été sans susciter des interrogations, Barbey d'Aurevilly ayant été jusqu’à avancer que ce choix de l’artiste rend la mer bien plus impressionnante que le combat lui-même.

1867 est une année riche en événements pour Manet : le peintre profite de l’Exposition universelle se tenant à Paris, au printemps, pour organiser sa propre exposition rétrospective et présenter une cinquantaine de ses toiles. S’inspirant de l’exemple de Gustave Courbet, qui avait eu recours à la même méthode pour se détourner du Salon officiel, Manet n’hésite pas à puiser fortement dans ses économies pour édifier son pavillon d’exposition, à proximité du pont de l'Alma, et pour organiser une véritable campagne de publicité avec le soutien d’Émile Zola. Le succès, cependant, n'a pas été à la hauteur des espérances de l’artiste : tant les critiques que le public ont boudé cette manifestation culturelle.

L'Exécution de Maximilien
1867 (252 x 305 cm)
Kunsthalle de Mannheim

Un fait extérieur allait malgré tout donner une nouvelle impulsion à la créativité du peintre : alors même que l’Exposition universelle n’est pas terminée, la nouvelle de l’exécution de Maximilien de Habsbourg, au Mexique, parvient jusqu’à la capitale française. Édouard Manet, depuis toujours fervent républicain, est scandalisé par la manière dont a fini ce jeune prince soutenu puis abandonné par Napoléon III (Voir Histoire du Mexique), et travaille plus d’une année à une grande toile commémorative et historique. Le résultat, très largement inspiré du Tres de Mayo de Francisco Goya, est cependant traité d’une manière radicalement différente. L'Exécution de Maximilien semble en effet dénuée de toute émotion violente : les soldats, que le peintre a vêtus d’uniformes de l’armée impériale française pour exprimer toute son indignation, abattent tranquillement Maximilien tandis que l’un d’eux est occupé à recharger son fusil et que les badauds se pressent au-dessus du mur.

Marines

À partir de 1868, les Manet ont pris l’habitude de passer leurs étés à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, où ils ont fait l’acquisition d’un appartement. Outre le Déjeuner dans l'atelier, ces séjours répétés permettent à Édouard Manet de développer un genre qui l’a toujours beaucoup attiré, à savoir les marines et l’univers de la mer. Boulogne, important port de pêche, constitue alors une source d’inspiration inépuisable pour un peintre aimant tant les sujets naturalistes. Le saisissant Clair de lune sur le port de Boulogne, par exemple, dépeint le retour d’un bateau de pêche à la nuit tombée et l’attente des femmes de marins, sous la lumière laiteuse de la Lune. L’œuvre, tout à la fois pleine d’ombre et de lumière, est un remarquable hommage à la peinture de Rembrandt.

Les vacances boulonnaises voient la naissance d’autres toiles importantes, en particulier le Départ du vapeur de Folkestone, en 1869 : Manet y représente le bateau à aube assurant la liaison avec le port anglais de Folkestone, et sur lequel le peintre avait d’ailleurs embarqué l’année précédente pour visiter Londres. La dame habillée de blanc située le plus à gauche de la composition serait Suzanne Manet, accompagnée de son fils Léon. La toile, à l'inverse du Clair de Lune, est l'un des exemples les plus saisissants de la manière dont Manet sit jouer avec la lumière et les couleurs pour donner à ses tableaux une atmosphère de joie et d'insouciance. Le Bateau goudronné, quant à lui, a en revanche été peint sur la plage de Berck, et prend pour thème le travail des pêcheurs.

Portraits féminins

Nana
1877 (154 x 115 cm)
Kunsthalle, Hambourg

Antonin Proust, qui fréquentait Manet depuis l’enfance, avait l’avantage de connaître intimement son caractère : selon lui, même au plus fort de la maladie du peintre, « la présence d’une femme, n’importe laquelle, le remettait d’aplomb ».1 Édouard Manet, en grand amateur de femmes qu’il était, en vint naturellement à peindre la gent féminine en abondance. Bien loin de se limiter aux seules Suzanne Leenhoff et Victorine Meurent, le peintre a immortalisé les traits d’un grand nombre de ses amies. Ainsi, dans La Prune (voir face au sommaire), l’actrice Ellen Andrée pose complaisamment dans un décor de café, et semble figée dans une rêverie douce et mélancolique.

Dans la droite lignée d’Olympia, Manet se plaît également à représenter sans faux-semblant la vie de plusieurs courtisanes ou « créatures » entretenues, la plus célèbre en ce domaine étant Nana. Cette toile, qui date de trois ans avant la parution du roman homonyme de Zola, reprend avec beaucoup plus de légèreté et de futilité le thème de la grave Olympia, sous les traits de l’actrice Henriette Hauser. Le titre pourrait avoir été donné par Manet postérieurement à la réalisation du tableau, lorsqu’il apprit le titre du prochain ouvrage de Zola. Une autre explication voudrait que Manet ait été inspiré par le roman L'Assommoir, dans lequel une Nana encore toute jeune fille fait sa première apparition, et reste précisément « des heures en chemise devant le morceau de glace accroché au-dessus de la commode »19. Le tableau, comme il se doit, fut refusé au Salon de Paris de 1877.

Cafés et restaurants

Chez le père Lathuille
1879 (93 x 112 cm)
Musée des Beaux-Arts, Tournai

À la différence d’Edgar Degas, qui affiche une prédilection de plus en plus poussée pour la représentation du monde du travail et de la classe ouvrière, Édouard Manet a toujours préféré s’intéresser aux moments de loisirs : le thème du repos et de la détente, certes un peu frivole, permet cependant au peintre de capter avec précision et sensibilité le vécu de ses contemporains. Les cafés, et dans une moindre mesure les restaurants, constituent de ce point de vue l’endroit rêvé pour surprendre les scènes de la vie quotidienne des gens que Manet côtoie, le café parisien, étant à la fin du XIXe siècle le lieu de rendez-vous par excellence des milieux artistiques, littéraires, bourgeois et même aristocratiques. Manet arrive à rendre, le plus souvent avec beaucoup de poésie, l’atmosphère si particulière de ce lieu. C’est par exemple dans le cadre verdoyant et apaisé du restaurant Chez le père Lathuille, à Clichy, qu’un jeune homme s’empresse auprès d’une jeune femme et lui fait la cour.

C’est dans le même univers que se situe la dernière œuvre majeure de Manet, intitulée Un bar aux Folies Bergère, réalisée alors que le peintre était déjà profondément rongé par la syphilis. La scène, contrairement aux apparences, n’a pas été peinte au bar des Folies Bergère mais a été entièrement recréée en atelier. La jeune femme servant de modèle, Suzon, est en revanche une véritable employée de ce célèbre café-concert. Les nombreux éléments présents sur le marbre du bar, qu’il s’agisse des bouteilles d’alcool, des fleurs ou des fruits, forment un ensemble pyramidal allant trouver son sommet, non sans malice, dans les fleurs qui ornent le corsage de la serveuse elle-même. Mais l’aspect qui a le plus retenu l’attention des critiques a été le reflet de Suzon dans le miroir. Ce dernier ne semble pas renvoyer une image exacte de la scène, tant en ce qui concerne la posture de la jeune femme que la présence de l’homme en face d’elle, si rapproché qu’il devrait logiquement tout cacher aux yeux du spectateur. Il est difficile de conclure si cette anomalie est le fruit de la volonté de l’artiste ou une simple erreur d’appréciation, ce qui n’a pas été sans amuser Huysmans. Ce dernier décrit avec délectation la manière dont le tableau « stupéfie les assistants qui se pressent en échangeant des observations désorientées sur le mirage de cette toile »9.

La maladie et la mort

Une fille dans le jardin à Bellevue représentant une maison du sentier des Pierres Blanches à Bellevue
1880 (92 x 70 cm)
Collection fondation E.G. Bührle, Zurich20.
La tombe de Manet à Passy

Édouard Manet, malade, fait une cure à Meudon Bellevue en 1880. Il séjourne au sentier des Pierres Blanches où il peindra plusieurs tableaux. Il obtient même un prix au Salon de 1881 et est décoré de la Légion d'honneur par son ami Antonin Proust devenu ministre des Arts : l'attribution est décidée malgré des oppositions fin 1881 et la cérémonie a lieu le 1er janvier 1882 21.

Affaibli depuis plusieurs années, il s’éteint finalement le 30 avril 1883 à l’âge de cinquante et un ans, des suites d’une ataxie locomotrice résultant elle-même d'une syphilis contractée à Rio. La maladie, outre les nombreuses souffrances et la paralysie partielle des membres qu’elle lui avait causées, a ensuite dégénéré en une gangrène qui a imposé de lui amputer le pied gauche onze jours avant sa mort 22. L’enterrement a eu lieu le 3 mai 1883 au cimetière de Passy, en présence notamment d’Émile Zola, d'Alfred Stevens, de Claude Monet, d'Edgar Degas et de bien d’autres de ses anciennes connaissances. D’après Antonin Proust, son camarade de toujours, on voyait dans le convoi funèbre « des couronnes, des fleurs, beaucoup de femmes ». Degas, quant à lui, aurait dit alors de Manet qu’« il était plus grand que nous ne pensions »1.

Un rôle majeur dans l'histoire de la peinture

L'atelier de Manet par Fantin-Latour

Manet décrié, insulté, ridiculisé est devenu le chef de file reconnu des « avant-gardistes », et si le peintre a été lié aux acteurs du courant impressionniste, il est à tort considéré aujourd’hui comme l'un de ses pères 23, il n'en est qu'un puissant inspirateur autant par ses morceaux de peinture que par ses thèmes de prédilection. Sa manière de peindre soucieuse du réel reste en effet foncièrement différente de celle de Claude Monet ou de Camille Pissarro. Toutefois, certaines de ses œuvres sont proches de l'impressionnisme, c'est le cas de : L'Évasion de Rochefort, Portrait de Claude Monet peignant sur son bateau-atelier à Argenteuil et Une allée dans le jardin de Rueil.

Le maître laisse plus de quatre cents toiles et d’innombrables pastels, esquisses et aquarelles qui constituent une œuvre picturale majeure à l'influence certaine sur les artistes de son temps comme le groupe des Batignolles et bien au delà : Manet est en effet reconnu internationalement comme l’un des plus importants précurseurs de la peinture moderne 24 et ses tableaux majeurs sont visibles dans les plus grands musées du monde. C'est en 1907, ironie de l’histoire de la peinture, qu'Olympia « refusée » en 1863, entre, 44 ans après sa création, au Musée du Louvre (il est aujourd'hui au Musée d'Orsay). En l’an 2000, l’une de ses toiles s’est vendue à plus de vingt millions de dollars.

Prolongements

Pertuiset, le chasseur de lions (1881)
  • Édouard Manet tient une place importante dans le roman d'Olivier Rolin Un chasseur de lions (publié en 2008), auprès de l'aventurier cocasse et dérisoire Eugène Pertuiset dont il peignit en 1881 le portrait « en Tartarin » 25.
  • En 2004,un brocanteur de Genève aurait découvert un tableau inconnu de Manet caché sous une croûte. Il affirme avoir identifié dans le portrait d'une ravissante jeune femme Mery Laurent, le modèle et la maîtresse d'Edouard Manet 26. La toile initiale jugée scandaleuse par son caractère érotique aurait été masquée et oubliée. L'attribution du tableau à Edouard Manet n'est cependant pas acquise27.


Liste des œuvres

Pour un index des œuvres principales d’Édouard Manet, merci de vous référer à la liste des tableaux de Manet.

Correspondance

  • Édouard Manet, Voyage à Rio : lettres de jeunesse, 1848-1849. – Paris : Éditions du Sandre, 2005. – 53 p., 22 cm. – ISBN 2-914958-18-8.

Notes

  1. a, b et c in A. Proust, Édouard Manet, Souvenirs, La Revue blanche, février-mai 1897
  2. « Entre juillet et décembre après de sévères disputes avec son père il est décidé qu’il s’embarquera comme apprenti marin plutôt qu’artiste. » Jules Pétroz, "Un Manet si bien caché. Histoire d'une découverte" [1]
  3. «  Il entra comme élève à l'atelier de Thomas Couture et y resta les bras liés par les préceptes et les conseils, pataugeant en pleine médiocrité, ne sachant pas trouver sa voie ». Émile Zola, Edouard Manet, Étude biographique et critique 1867
  4. in J.-E. Blanche, Manet, Paris, 1924
  5. Lettre à Zacharie Astruc, septembre 1865
  6. « La peinture espagnole sera riche en leçons pour Manet. L'influence de Goya sera palpable avec les lumières et les contrastes forts de couleur. Celle de Vélasquez apparaîtra dans Le Fifre, refusé par le Salon de 1866, qui représente une figure sur un fond unifié » Insecula  »[2]
  7. in T. Gautier, Voyage en Espagne
  8. « Manet et Baudelaire avaient fait connaissance aux alentours de 1858 et s'étaient rapidement liés d'amitié bien que le poète se soit montré quelque peu réticent devant l'art du peintre Manet, de onze ans son cadet. La même année, en 1862, dans sa grande toile Musique aux Tuileries (National Gallery, Londres), il fit le portrait de Beaudelaire, promeneur parmi la société parisienne colorée » [3]
  9. a, b, c et d Cité dans F. Cachin, Manet - « J'ai fait ce que j'ai vu », Découvertes Gallimard, 1994
  10. in Le Constitutionnel, mai 1863
  11. Le Déjeuner sur l'herbe y fit scandale, provoquant les sarcasmes des uns et les cris d'admiration des autres suscitant partout des polémiques passionnées. Manet était entré dans la pleine lutte. Bientôt la fameuse Olympia (1865) vint accentuer encore le ton de ces controverses » [4]
  12. « L’œuvre de Manet semble s’attaquer aux conventions du Second Empire touchant à la nudité et à la sexualité féminines. » [5]
  13. Lettre de Baudelaire à Champfleury, 25 mai 1865
  14. Lettre de Baudelaire à Manet, 11 mai 1865
  15. « La place de M. Manet est marquée au Louvre, comme celle de Courbet, comme celle de tout artiste d'un tempérament fort et implacable. » Zola, Salon de 1866 pour le journal L'Evénement
  16. in E. Zola, Une Nouvelle Manière en peinture : Édouard Manet, Revue du XIXe siècle, 1er janvier 1867
  17. « Leur amitié remonte à 1873 et, pendant presque 10 ans, les deux hommes se rencontrent quotidiennement. (…) Manet choisit en 1876 une toile de petit format pour peindre son modèle (le poète Mallaemé) au naturel dans une attitude décontractée » [6]
  18. in G. Bataille, Manet, Lausanne, 1955
  19. in E. Zola, L'Assommoir, Ch. XI
  20. Site Internet Wahooart.com
  21.  « Lorsqu'au nouvel an de 1882, M. Antonin Proust, ministre des Arts, vint le décorer, l'acte étonna, fut jugé audacieux et souleva, dans le parti de la tradition, le même mécontentement qu'avait suscité l'octroi de la médaille elle-même (…) M. Grévy, le président de la République, prétendit mettre son veto en disant : 'Ah! Manet, non.' » - Duret, Histoire d'Édouard Manet, page 238 [7]
  22. En anglais Some French painters and their diseases b y C . R é g n i e r, [8]
  23. «Si la technique de Manet prépare la technique impressionniste, si parfois elle s'en rapproche, d'autre part elle en diffère et même elle s'y oppose. » Manet, précurseur de l'Impressionnisme, Gabriel Séailles, 1910, dans la Revue de Paris
  24. Par exemple le tableau de Picasso reprenant Le Déjeuner sur l'herbe
  25. http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2354361&rubId=43500
  26. Récit de la découverte  ;Un Manet si bien caché. Histoire d'une découverte - Mery Laurent muse de l'Impressionnisme par Edouard Manet de Jules Petroz
  27. [9]

Annexes

Bibliographie

Signature de Manet
  • Collectif, L'ABCdaire de Manet, Flammarion, 1998 (ISBN 2080125826) ;
  • Collectif, Manet - Velasquez : la Manière espagnole au XIXe siècle, Réunion des Musées Nationaux, 2002 (ISBN 2711844900) ;
  • Martine Bacherich, Édouard Manet, le regard incarné, Éditions Olbia, 1998 (ISBN 271910440X) ;
  • Serge Bismuth, Manet et Mallarmé, L'Harmattan, 2002 (ISBN 2747527247) ;
  • Isabelle Cahn, Manet : Natures mortes, Découvertes Gallimard, 2000 (ISBN 2070535355) ;
  • Françoise Cachin, Manet : « J'ai fait ce que j'ai vu », Découvertes Gallimard, 1990 (ISBN 2070532666) ;
  • Éric Darragon, Manet, Fayard, 1989 (ISBN 2-213-02345-X) ;
  • Jack Flam, Manet : Un bar aux Folies Bergère ou l'abysse du miroir, trad. Jeanne Bouniort, L'Échoppe, 2005 (ISBN 2840681544) ;
  • John Leighton, Édouard Manet : Impressions de la mer, Marot, 2005 (ISBN 2930117303) ;
  • Jean-Jacques Lévêque, Manet, éditions Siloé, Paris, 1983 (ISBN 2850540285)
  • Georges L. Mauner, Henri Loyrette, commissaires d'expositions organisées par la Réunion des Musées nationaux et l'American Federation of Arts de New-York, d'abord à Paris, Musée d'Orsay du 9 octobre 2000 au 7 janvier 2001, puis à Baltimore, The Walters Art Gallery, du 30 janvier au 22 avril 2001, Manet, les natures mortes, éditions de la Martinière, Paris, 2000, 192 pages. (ISBN 273202692X)
  • Gilles Néret, Édouard Manet - Le premier des modernes, Taschen, 2003 (ISBN 3822819484) ;
  • Ronald Pickvance, Manet : 5 juin au 11 novembre 1996, Fondation Pierre Gianadda, 1997 (ISBN 2884430385) ;
  • Antonin Proust, Édouard Manet : souvenirs, L'Échoppe, 1996 (ISBN 2905657391) ;
  • Revue Dada n°85, Manet et l'Espagne, Mango, 2002 (ISBN 274041384X) ;
  • Marie Sellier, M comme Manet, Réunion des Musées Nationaux, 1994 (ISBN 2711830292).

Liens externes

 
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