Économie de la France
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Indicateurs économiques |
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|---|---|---|
| La Défense, c?ur économique et financier | ||
| Monnaie | euro | |
| Année fiscale | calendaire | |
| Organisations internationales | Union européenne, zone euro, OCDE, OMC | |
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| Produit intérieur brut (parité nominale) | 1 902 milliards $ (2006)[1] | |
| Produit intérieur brut en PPA | 2 151 milliards $ (2006)[1] | |
| Rang pour le PIB en PPA | total : 7e[2] par tête : 30e[3] |
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| Croissance du PIB | 2,2 % (2006)[1] (Voir données) | |
| PIB par habitant en PPA | 31 200 $ (2006)[1] | |
| PIB par secteur | agriculture : 2,2 % industrie : 20,6 % services : 77,2 % (2006)[1] |
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| Inflation (IPC) | 1,5 % (2006)[1] | |
| Pop. sous le seuil de pauvreté | 6,2 % (2004)[1] | |
| Indice de développement humain (IDH) | 0.952 ; 10e en 2005[4] | |
| Population active | 22,9 millions (2006)[1] | |
| Population active par secteur | agriculture : 4,1 % industrie : 24,4 % services : 71,5 % (1999)[1] |
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| Taux de chômage | 7,2 % / 7,5 % (France métropolitaine / France métropolitaine + DOM, 1er trimestre 2008)[5] | |
| Principales industries | machines, produits chimiques, automobile, aéronautique, électronique, vêtements, produits alimentaires [1] | |
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| Exportations | 490 milliards $ (2006)[1] | |
| Biens exportés | machines et équipements de transport, aéronautique, produits plastiques, produits chimiques, produits pharmaceutiques, fer et acier, boissons | |
| Principaux clients | Allemagne (15,6 %), Espagne (9,6 %), Italie (8,9 %), Royaume-Uni (8,2 %), Belgique (7,2 %), États-Unis (6,7 %), Pays-Bas (4 %) (2006) | |
| Importations | 529 milliards $ (2006)[1] | |
| Biens importés | machines, biens d'équipements, automobiles, pétrole, biens aéronautiques, produits plastiques et chimiques | |
| Principaux fournisseurs | Allemagne (19 %), Belgique (11 %), Italie (8,3 %), Espagne (7 %), Pays-Bas (6,7 %), Royaume-Uni (6,5 %), États-Unis (4,6 %) (2006) | |
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| Dette publique | 64,2 % du PIB (2006)[1] | |
| Dette extérieure | 3 461 milliards $ (2006)[1] | |
| Recettes publiques | 1 150 milliards $ (2006)[1] | |
| Dépenses publiques | 1 211 milliards $ (2006)[1] | |
| Aide au développement | 10,1 milliards $ (1999)[1] | |
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Sauf mention contraire, tous les chiffres sont exprimés en dollars des États-Unis |
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| Économie de la France |
| v. / m. |
L'économie de la France est la situation économique conjoncturelle de la France, à un instant donné. En 2008, la France est la 5e puissance économique mondiale, derrière les États-Unis, le Japon, la Chine, l'Allemagne et devant le Royaume-Uni[6]. En 2007, la valeur de son Produit intérieur brut (PIB) est de 1 892 milliards d'euros[7]. Elle se classe au 17e rang pour le PIB par habitant en taux de change nominal[8], légèrement au-dessus de la moyenne de l'UE-15. En classement par PIB en PPA, la France est la 7e puissance économique[9].
L'économie française est principalement une économie de services : le secteur tertiaire occupe 72 % de la population active, tandis que le secteur primaire (agriculture, pêche,?) n'en représente plus que 4 %, et le secteur secondaire (essentiellement l?industrie) 24 % (en 1999)[1]. L'économie française est une économie de plus en plus ouverte, occupant une place importante dans les échanges commerciaux internationaux. La France est le 5e pays pour ses exportations et le 6e pour ses importations. En 2006, les exportations représentent 26 % du PIB et les importations 27 %[10]. La balance commerciale (biens et services) est devenue déficitaire en 2004, et ce déficit s?est accru en 2005 et 2006[11]. Le taux de chômage reste plus élevé que ceux des autres pays développés[12]. Le taux d'emploi (63,8 % en 2006), proche de la moyenne européenne (64,8 %), est plus faible que celui de l?UE-15 (66,2 %), et de la moyenne des pays développés[13], en particulier pour les seniors, les moins de 30 ans, et les personnes faiblement qualifiées[14].
Pendant longtemps, la France est restée la 4e puissance économique ; elle a été dépassée par la Chine en 2006, et le sera probablement par des puissances émergentes (en particulier par l?Inde)[15]. La France fait partie des pays fondateurs de l'Union européenne et de la zone euro. Au c?ur d?une zone économiquement très développée, son économie a bénéficié de la mise en place du marché commun européen. L'intervention de l'État dans l'économie est traditionnellement importante. Le niveau de dépenses publiques et donc d?imposition est parmi les plus élevés au monde[16]. À partir de 1986, l'État a privatisé un grand nombre d'entreprises publiques[17] mais son influence sur l?économie reste forte (on parle de « néo-colbertisme »).
La croissance du PIB par habitant français a été plus faible que celle d?autres pays développés au cours des deux dernières décennies[18], provoquant des débats sur la réalité de ce décalage et sur les réformes économiques[14],[18] qui pourraient y remédier.
[] Historique
[] La France jusqu'en 1973 (fin des « Trente Glorieuses »)
Depuis ses origines, la puissance économique de la France a souvent été liée à sa démographie. Sous Louis XIV, la France est le pays le plus peuplé d?Europe et donc le pays économiquement dominant. Le pays est toutefois handicapé par la faiblesse récurrente de sa flotte marchande et militaire. Alors que la première révolution industrielle commence en Angleterre au XVIIIe siècle (ce qui permet à cette dernière de surpasser la France), puis s?étend au Benelux, la France ne connaît un décollage industriel ? grâce à la libéralisation économique de la fin du Second Empire et du début de la Troisième République ? qu?à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. La France est alors un pays prospère et puissant, qui a rattrapé le développement économique de l?Angleterre, et qui étend et développe ses colonies. En 1880, elle produit 10 % de la production mondiale[19]. Puis, progressivement sa puissance économique s?affaiblit suite à de mauvaises politiques économiques et à la faible croissance démographique de sa population agricole. Les deux guerres mondiales du XXe siècle, puis la décolonisation, réduiront le poids économique de l?Europe en général dans le monde, et de la France en particulier.
Entre 1946 et 1973 la France connaît une période de forte croissance (en moyenne 5% par an) que l?économiste Jean Fourastié a, a posteriori, qualifiée de Trente Glorieuses. Cette forte croissance est essentiellement due à des durées de travail très importantes[20], et à de forts gains de productivité. Les gains de productivité dérivent du rattrapage technologique vis-à-vis de la puissance dominante, les États-Unis. Ainsi en 1950, le revenu moyen d?un français représente à peine plus de la moitié de celui d?un américain (55 %), alors il atteint quatre cinquièmes en 1973. La fin du rattrapage coïncide donc avec la fin de la période de forte croissance. La population active ne connaît qu?une faible croissance durant cette période, car le baby boom n?accroît pas à court terme la force de travail en raison de l?allongement de la durée des études.
Pour souligner que la période n'est pas celle d'un miracle économique, mais d'un simple rattrapage, l'historien Jacques Marseille note qu'avec la poursuite de la croissance de la « Belle Époque » le niveau de richesse atteint au début des années 1970 ou au début des années 1980 aurait été semblable à celui effectivement constaté après la forte croissance des Trente glorieuses[21].
L?économie française a bénéficié du marché commun européen, mis en place entre 1957 et 1968. La France fait partie des pays fondateurs de l'Union européenne.
[] Évolutions récentes et situation actuelle
Les Français bénéficient d'un niveau de vie élevé, mais leur sentiment est de vivre une période de crise depuis la fin des Trente Glorieuses. Pendant longtemps, cette « crise » n'empêchait pas une croissance significative, et le maintien de l'économie à une place mondiale enviable ; mais depuis les années 1980, les thèmes du « déclin » et la peur de la concurrence étrangère (mondialisation, voire intégration européenne) ont pris une force accrue, tandis que les indicateurs économiques deviennent plus alarmants. En particulier, le chômage a connu une forte augmentation, et, malgré un reflux à partir de 1996, il reste supérieur supérieur de plus de 3 points au taux de chômage moyen des pays du G7.
Par exemple, en France en 1990, le PIB par habitant en PPA représente 75 % du PIB par habitant des États-Unis, contre seulement 70 % en 2006.
Pendant longtemps, la France est restée la 4e puissance économique, et l'écart avec la Grande-Bretagne (2 346 milliards de dollars en 2006) est faible. En revanche, le dépassement dans ce classement par la Chine, et bientôt par l?Inde, est inévitable.
Certaines statistiques macroéconomiques relatives aux vingt-cinq dernières années montrent une régression significative dans une partie des classements économiques internationaux. En 1980, la France était l'un des pays les plus riches au monde : le PIB par habitant était au sixième rang mondial, derrière les États-Unis, la Suisse, le Luxembourg, l'Islande ou le Canada. Elle dépassait certains rivaux économiques comme l'Allemagne, le Japon ou le Royaume-Uni, situés aux 16e, 17e et 18e places de ce classement économique mondial. Le niveau de vie dans les pays scandinaves était également en-deçà du niveau français. Les années 1980 seront celles d'un relatif déclin économique.
En 1994, le PIB par habitant des Français n'est plus qu'au 13e rang mondial. Certaines économies, telles celles de l'Allemagne ou du Japon, ont connu une sérieuse progression. D'autres ont subi un chute encore plus forte que celle de l'économie française, à l'image du Canada (qui se relèvera à partir de 1995). La décennie suivante sera celle d'un déclin moins prononcé. En 2004, le PIB par habitant en France se classe au 16e ou 17e rang mondial (selon les modes de calcul). Entre-temps, des pays comme le Royaume-Uni (longtemps considéré comme en crise), l?Irlande (auparavant un des pays les plus pauvres de l?Union européenne), suite la la libéralisation de leurs économies, ont connu une augmentation importante de leur niveau de vie, surclassant l'évolution française.
En 1999, la mise en place de la zone euro et la monnaie unique marque la volonté d'une collaboration économique plus étroite de la majorité des pays, au sein de l?Union économique et monétaire.
Le 21 juin 2005, le Ministre de l'Économie Thierry Breton a alerté l'opinion sur deux indicateurs. Le premier indicateur est l?augmentation forte de la dette publique française qui dépasse 60 % du PIB, et dont la charge financière est équivalente aux recettes de l'impôt sur le revenu. Le second indicateur est le taux d'activité des Français plus faible que celui des pays équivalents, en raison de plusieurs facteurs : l'entrée tardive des jeunes dans la vie active (22 ans et demi en moyenne), la diminution de l'âge effectif de la retraite (57 ans), le faible taux d'emploi de la population en âge de travailler.
La réduction de la durée légale du travail à 35 heures instaurée de 2002 de manière imposée et généralisée (aucun autre pays de l'OCDE n?a mis en place une réforme similaire)[22] est considérée par une partie des économistes, en particulier les économistes libéraux, comme un frein à la croissance : la réduction des heures travaillées provoque ceteris paribus une réduction du revenu par tête des travailleurs[23]. S?il y a maintien du niveau du salaire mensuel, comme cela a été le cas pour le SMIC, la réduction du temps de travail entraîne une augmentation du coût du travail horaire. Selon le Conseil d'analyse économique, les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires et l?introduction d?une flexibilité accrue de l?organisation du travail, qui se sont produits simultanément, ont permis de créer des emplois, alors que l?impact de la réduction du temps de travail per se n?a été que marginal[24],[25]. La politique des 35 heures a accru la productivité horaire française, qui est une des plus élevées au monde, mais qui, à structure comparable de population en emploi, est moins forte, et en particulier plus faible que celle des États-Unis[26].
Enfin, les revalorisations successives et trop élevées du SMIC ont contribué à une augmentation très forte du coût du travail des travailleurs peu qualifiés, en comparaison de leur productivité, et ont contribué à amener le taux de chômage à un niveau très élevé ; en France, au cours des années 2000, le chômage touche principalement les peu qualifiés, les jeunes et les seniors[27].
[] Principaux chiffres de l'économie française
En règle générale le PIB vu du côté de l'offre est égal a la somme des valeurs ajoutées, mesurées au prix de base, à laquelle on ajoute les impôts sur les produits et les subventions sur les produits. Du côté de la demande, il est égal à la consommation finale auquel on ajoute l?investissement (FBCF), les variations de stocks et le solde de la balance commerciale (exportations moins importations).
| Ressources | Valeur (G?) | Évolution 2006/05 |
Emplois | Valeur (G?) | Évolution 2006/05 |
| Produit intérieur brut | 1 792,0 | + 2,0 % | Consommation finale | 1 196,2 | + 2,1 % |
| dont valeur ajoutée au prix de base | 1 600,0 | + 1,8 % | dont consommation des ménages | 993,2 | + 2,1 % |
| dont impôts sur les produits | 204,1 | - | dont consommation des APU (1) | 423,7 | + 1,4 % |
| dont subventions sur les produits | ?12,2 | - | dont consommation des ISBLSM (2) | 23,3 | - 1,1 % |
| - | - | - | FBCF (3) | 366,4 | ? 3,7 % |
| - | - | - | Variations de stocks | 10,3 | - |
| Importations | 507,0 | + 6,8 % | Exportations | 481,2 | + 5,5 % |
| dont biens | 430,6 | - | dont biens | 389,2 | - |
| dont services marchands | 63,7 | - | dont services marchands | 55,9 | - |
| Total des ressources et des emplois | 2 298,9 | + 3,0 % | Total des ressources et des emplois | 2 298,9 | + 3,0 % |
- Sources : principaux résultats sur INSEE. Consulté le 14 octobre 2007
- (1) APU = Administrations publiques
- (2) ISBLSM = Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages
- (3) FBCF = Formation Brute de Capital Fixe
[] Principales caractéristiques du fonctionnement de l'économie française
On parle parfois du « modèle français » pour décrire le fonctionnement de l?économie française. Il s?agit d?un modèle de développement économique au sein duquel l?État joue un rôle très important (notion d?État-providence), que ce soit en terme de poids des dépenses publiques (53,4 % du PIB en 2006), ou bien pour la réglementation du marché du travail et des marchés des biens et services. La sur-règlementation pèse sur le fonctionnement et les capacités d?ajustement de l?économie. L?État s?est fortement impliqué dans les relations entre employeurs et employés, beaucoup plus que dans les autres pays européens, ce qui pourrait expliquer la faiblesse des syndicats français, salariés ou patronaux, et la difficulté du « dialogue social ».
Au fil des années, de nombreuses catégories sociales (cheminots, employés du secteur public, conducteurs de taxis, notaires, pharmaciens, avocats,?) ont obtenu des avantages catégoriels, qui peuvent diminuer le jeu naturel de la concurrence et conduire à une augmentation des prix et à une baisse de la qualité des services rendus[28], et qui ont un effet néfaste sur la cohésion sociale. Une étude a par ailleurs montré que les Français étaient, parmi les peuples des pays développés, le pire pour « réclamer indûment des aides publiques » ou pour tolérer l?usage des pot-de-vin[29]. Certains auteurs emploient le terme de « social-corporatisme »[30], et critiquent l?absence de courage politique des élus successifs : selon Nicolas Baverez, « Le gouvernement ne dirige pas la politique de la nation mais fonctionne comme une cellule de soutien psychologique, aussi prompt à entrer en empathie avec les victimes de son incurie que réticente à envisager tout remède à leur situation »[31].
Selon des économistes, par exemple Les Échos, le Gouvernement fait une erreur lorsqu?il prétend sauver tous les emplois menacés, voulant ainsi donner l'impression de lutter pour réduire le chômage, selon la vision courante de la France comme celle d'un pays où le chômage serait provoqué par les fermetures d'usines et les réduction d'effectifs à répétition. Selon Les Échos, « Pas grand-chose ne peut, en effet, justifier le maintien en activité d'une usine non rentable. », alors que, dans le même temps, « même si personne n'en parle, [..] des entreprises créent tous les jours des emplois ». Selon Les Échos, « le rôle des pouvoirs publics est en premier lieu, avec le patronat et les syndicats, de faciliter les reconversions. C'est ensuite d'aménager sur le plan administratif, social et fiscal, un environnement favorable à la création de nouveaux emplois dans les secteurs les plus porteurs. C'est moins visible et moins gratifiant qu'une admonestation à un grand ou à un petit patron ; c'est pourtant plus important. »[32] Jean Pisani-Ferry écrit : « plus l?on veut mobiliser des ressources pour promouvoir l?équité et indemniser les perdants du jeu de la mondialisation, plus il est nécessaire de créer les conditions d?un développement des entreprises. »[33]
Des principes idéologiques prennent parfois le pas sur la notion de pragmatisme économique qui est devenu la norme dans de nombreux pays. Par exemple, l?Impôt de solidarité sur la fortune ne rapporte quasiment rien à l?État, et de manière indirecte il diminue même ses recettes[34], mais il est maintenu en dépit de l?expatriation fiscale qu?il peut provoquer, alors que son rôle de taxation des plus fortunés a été mis à mal par la mise en place du bouclier fiscal.
La productivité du travail horaire est une des plus élevées au monde, en raison de la forte qualification d?une partie des travailleurs, mais aussi, selon Gilbert Cette[35], parce que la durée du travail est en moyenne plus faible de 10 % que celles des autres pays développés[36], principalement pour les emplois à temps plein[37], et parce que, d?après le Conseil d'analyse économique, les travailleurs les moins productifs sont exclus du marché du travail en raison du coût du travail trop élevé au niveau du SMIC, et de contraintes règlementaires importantes[38],[39].
Partiellement libéralisé, le pays est sous l?influence de traditions économiques interventionnistes (néo-colbertisme) et selon des analyses économiques[40] fait face à certains handicaps et blocages ? en particulier, un fort antilibéralisme[41], et de multiples corporatismes ? qui selon ces économistes obèrent son développement économique. Le solde des échanges extérieurs déficitaire montrerait ainsi que la compétitivité économique nationale est dégradée, notamment par rapport à l?Allemagne, premier partenaire économique.
Des économistes et historiens libéraux[42] estiment que le pays est dans une situation assez proche de celle de l?économie britannique des années 1970 qui avait alors dû faire appel aux prêts du FMI[43]. Selon des analyses économiques, reprises par sur le site du ministère des Affaires étrangères[18], ou développées par l?OCDE[14], des réformes économiques profondes sont indispensables pour améliorer la résilience de l?économie et l?adapter aux conséquences de la mondialisation économique.
[] La croissance économique française : état des lieux et perspectives
Depuis plusieurs années de multiples rapports en provenance d'instituts économiques tels que le Conseil d'analyse économique (CAE)[44], le Cerc notamment dans son rapport de 2006 intitulé La France en Transition 1993-2005[45], des commissions mandatées par les gouvernements successifs telles la commission dirigée par Michel Camdessus en 2004[46], ou, en 2007?2008, la commission pour la libération de la croissance française (« Commission Attali »), insistent sur le fait que la France décroche en matière de croissance vis-à-vis des autres pays de l?OCDE. Si les constats sont convergents les voies pour y remédier présentent un certain nombre de points de convergence ne serait-ce que parce qu'ils sont assis sur des analyses économiques assez proches mais aussi des différences significatives sur la façon d'aborder les problèmes et de les hiérarchiser. L?augmentation de la croissance doit également être combinée à l?équité[47].
[] Une faible croissance comparée à d'autres puissances
| pays | 1991-95 | 1996-2000 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 12,3 % | 8,6 % | 8,4 % | 8,3 % | 9,1 % | 10,0 % | 10,1 % | 10,4 % | 10,7 % |
| Inde | 5,1 % | 6,0 % | 5,3 % | 4,1 % | 4,3 % | 7,3 % | 7,8 % | 9,2 % | 9,2 % |
| France | 1,1 % | 2,7 % | 4,0 % | 1,8 % | 1,1 % | 1,1 % | 2,0 % | 1,2 % | 2,1 % |
| Royaume-Uni | 1,6 % | 3,2 % | 3,8 % | 2,4 % | 2,1 % | 2,7 % | 3,3 % | 1,9 % | 2,8 % |
| États-Unis | 2,4 % | 4,1 % | 3,7 % | 0,8 % | 1,6 % | 2,5 % | 3,9 % | 3,2 % | 3,3 % |
Malgré l'absence de récessions depuis les années 1980, à l'inverse du Japon (qui a vécu une crise liée à l?éclatement de la bulle spéculative japonaise) ou de l'Allemagne (qui a dû faire face au choc économique de la réunification), la croissance en France a été faible. Le niveau de PIB par habitant, qui se rapprochait de celui des États-Unis, s?éloigne à nouveau : en 2006, le niveau français est inférieur de 25 %[49]. Pour Gilbert Cette, « l'écart d'environ 25% du PIB par habitant de la France ou de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis s'explique, pour respectivement 5 à 10 points et 15 à 20 points, par une productivité horaire structurelle plus faible, le reste de l'écart venant d'une durée du travail et d'un taux d'emploi plus faibles »[50]. En 2002, la durée annuelle de travail des employés en France était une des plus faibles parmi les pays de l'OCDE, à 1545 heures ; elle était de 1815 heures au États-Unis [51]. Parallèlement, deux tranches d?âge sont largement sous-employées : les jeunes de 15 à 24 ans (en 2002, taux d?emploi de 23,3 % contre 55 % aux Etats-Unis, 61 % au Royaume-Uni, et les personnes de 55 à 64 ans (en 2002, taux d?emploi de 34,2 % contre 59,5 % aux Etats-Unis, 53,3 % au Royaume-Uni). Si l?on ajoute que la France avait en 2002 un taux de chômage standardisé de 8,7 % contre 5,8 % aux Etats-Unis et 5,1 % au Royaume-Uni, on peut dire que la France utilisait peu le potentiel de travail dont elle disposait.
Plus de 100 pays dans le monde situés sur tous les continents ont un taux de croissance supérieur à 5 %[52]. Si la très forte croissance de grands pays tels que la Chine et l'Inde est liée au fait qu'ils sont en phase de rattrapage, il n'en demeure pas moins que si la France et l'Europe veulent conserver leurs places de grandes puissances mondiales elles se doivent d'augmenter leur taux de croissance. Depuis 2000, la croissance moyenne en France n'a été que de 1,7 % par an. La Commission pour la libération de la croissance française[53] attribue cette faible performance au fait que la France n'a pas su se réformer depuis vingt ans ; ce constat est largement partagé. De 1993 à 2005, le taux moyen de croissance de la France a été de 2,1 % par an contre 2,9 % au Royaume-Uni et 3,2 % aux États-Unis[54]. Si l?on calcule l?évolution du PIB de 1994 à 2004, celui des États-Unis a augmenté de 45 % environ et celui de la France de 25 %, soit un écart de 20 points de pourcentage[55].
[] Les facteurs théoriques de la croissance
La croissance potentielle[56], c?est-à-dire la croissance qu?une économie est capable de soutenir sans tensions inflationnistes, est déterminée par les facteurs travail et capital. Des études menées à la fin des années cinquante et aux débuts des années soixante par Robert Solow (voir modèle de Solow) aux États-Unis et par Jean-Jacques Carré, Paul Dubois et Edmond Malinvaud ont montré que de 1951 à 1969 les facteurs travail et capital productif n?expliquaient que 2,6 % des 5 % de croissance[57]. Le surplus vient d'une troisième composante, appelée parfois facteur résiduel ou productivité globale des facteurs, constituée du progrès technique, de l?amélioration de la gestion des entreprises et des économies, et du capital humain. Ces études ont conduit les économistes à s'intéresser davantage au progrès technique et plus généralement à ce troisième facteur. C'est dans ce cadre qu'a été développée, depuis la fin des années soixante-dix, la théorie de la croissance endogène. Ici, le progrès technique n'est plus considéré comme une donnée exogène, mais au contraire comme une donnée endogène, c?est-à-dire dépendant à la fois d?investissements dans l'éducation des individus (Robert Lucas) et de dépenses faites en matière de recherche et développement (Robert Barro) et d'infrastructures. Ces théories (croissance endogène et théorie plus classique - capital, travail - dont elle est, pour partie, un raffinement) sous-tendent les réflexions sur la croissance des diverses commissions qui se sont penchées sur la question.
Le rapport Camdessus[58] de 2004 était pessimiste sur la croissance potentielle en France qu?il voyait passer, si rien n'était fait, de 2,25 % à 1,5 % ou 1,75 % par an, dix ans plus tard. Il explique le décrochage de la croissance en France par deux causes majeures : le déficit de travail et le poids et l?inefficacité de la sphère publique. Concernant le premier point, ce rapport a marqué un tournant dans l?approche du problème de l?emploi, par rapport à la vision française traditionnelle, en particulier des personnes proches des sphères du pouvoir[59]. En effet, alors que le chômage a longtemps été vu en France comme une fatalité résultant d?un excès de main-d'?uvre par rapport aux besoins, il est désormais établi que les causes du chômage sont autres, et que l'écart de croissance de la France par rapport à d'autres grands pays industriels s?explique en partie par le manque de main-d'?uvre au travail. Il s'agit là d'une inflexion forte dans l'approche du travail en France.
[] Quelques grands axes des réformes favorables à la croissance
Des rapports successifs de chercheurs en sciences économiques ont pointé les réformes économiques et les réformes structurelles nécessaires à l'accroissement de la croissance économique (ainsi que la hausse du pouvoir d'achat qui en découlera, et la réduction du chômage). En janvier 2008, la Commission Attali présente ses conclusions dans son rapport final. Elle propose notamment de s?attaquer aux rentes, ce qui provoquent l?opposition de ceux qui en bénéficient ; élus locaux (suppression des départements), commercants en situation de concurrence imparfaite faisant du surprofit (réduction des prix de vente par le renforcement de la concurrence), etc[60]. Selon le rapport, la France a pris du retard et « reste très largement une société de connivence et de privilèges ». « Les conséquences de ce conservatisme général sont catastrophiques, en particulier pour les jeunes »[61]. La commission pour la libération de la croissance française a énoncé plus de 300 décisions pour changer la France dont toutes ne sont pas en harmonie avec les rapports antérieurs. Néanmmoins, il ressort de tous ces rapports que priorité doit être donnée à une politique de l'offre, dont la nécessité est mise en évidence par la dégradation continue de la balance commerciale depuis 1997[62], et qui ramènerait la compétitivité française au niveau de celles de ses voisins. Cependant, selon le journal suisse libéral Le Temps, les réformes sont bloquées ou freinées par l?antilibéralisme français[63], alors que des économistes comme Hélène Rey critiquent un manque de culture économique[64].
[] Favoriser la recherche et l'« économie de la connaissance »
Philippe Aghion et Élie Cohen, dans une étude de 2004 intitulée « Éducation et croissance économique », ont souligné que lorsqu'un pays se rapproche de la « frontière technologique » c?est-à-dire, de nos jours, du niveau technologique des États-Unis, les exigences en matière de système éducatif varient. Dans le premier cas, le pays est en phase de rattrapage, comme l?a été la France après la Seconde Guerre mondiale. Ce qui compte alors c?est d'abord l?enseignement secondaire. Au contraire, dès que l?on approche de la frontière technologique, l'enseignement supérieur ?en particulier lorsqu?il est lié à la recherche? devient beaucoup plus important. En effet, les nouvelles sources de croissance ne sont plus dans l'imitation mais dans la création, dans l'invention des produits et des services « de demain ». D'où la nécessité pour un pays comme la France d'avoir des universités et des grandes écoles de premier plan. La commission pour la libération de la croissance française[65] préconise quant à elle de faire émerger en France dix pôles universitaires de taille mondiale alliant pluridisciplinarité et excellence.
La recherche effectuée dans les universités doit servir de moteur aux pôles de compétence de façon à faire émerger les produits et les secteurs d'activité de l'économie d'avenir. Pour Christian Blanc[66] « l?économie repose sur l?échange de deux types de savoir : d?une part le savoir formalisé, codifié, écrit, c'est-à-dire l?information et d?autre part le savoir tacite, qui permet d?utiliser l?information, d?en juger la qualité de l?appliquer à un problème concret, ou connaissance. La connaissance est nécessaire à la création ». Or si l?information circule mondialement, la connaissance comme définie plus haut reste plus localisée. C?est l?idée qu?il y a derrière le terme américain de « cluster » que Michael Porter[67] a défini comme « un groupe d?entreprises et d?institutions partageant un même domaine de compétence, proches géographiquement, reliées entre elles et complémentaires ». Parmi les exemples célèbres de cluster, il est possible de citer la Silicon Valley autour de l?université de Stanford. Toutefois en France, le trop fort interventionnisme dans la mise en place de pôles de compétitivité est néfaste, et pourrait être avantageusement remplacé par une réduction des freins à la mobilité (libéralisation du marché immobilier)[68].
[] Barrières à l'entrée et concurrence
La France se heurte à des problèmes de barrières à l?entrée, lointain avatar des privilèges et des corporations de l?Ancien Régime. En 1959, Jacques Rueff, mécontent que le plan de stabilisation Pinay-Rueff n?ait pas traité le problème des « corporatismes intérieurs », reçut mission de rédiger avec Louis Armand un « Rapport sur les obstacles à l?expansion économique » qui, si l?on en croit Chelini[69] ne fut guère suivi. Dans leur Rapport au ministre de l?Économie et des Finances et de l'Industrie, et au ministre de l?Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale dit « Rapport Cahuc-Kramarz », Pierre Cahuc et Francis Kramarz ont, pour partie (car leur étude ne touche pas que ce problème), été conduits aux mêmes constats toute comme plus récemment la commission pour la libération de la croissance française[70].
Cahuc et Kramarz[71] notent que si « la France avait le même taux d?emploi que les États-Unis dans le commerce, l?hôtellerie et la restauration, elle aurait 3,4 millions d?emplois supplémentaires ; la même comparaison avec les Pays-Bas aboutit à 1,8 millions d?emplois ». Pour expliquer ces différences, les auteurs mettent en exergue les règlementations qui restreignent l?entrée dans ces secteurs. Pour la profession de chauffeur de taxis, soumise à une licence, ? et qui étaient déjà dans le collimateur de Jacques Rueff ?, la situation est à peu près identique. En Irlande qui, en 1999, était dans une situation assez similaire à celle de la France, une modification de la réglementation a permis d?augmenter le nombre de taxis de 150 %[72].
Dans les services spécialisés d?avenir exigeant des savoir-faire élevés et potentiellement créateurs d?emplois de bons niveaux, la situation est la même. Les professions juridiques sont très réglementées, ce qui pèse sur leur compétitivité, sur l'innovation de leur offre et gêne la constitution d'entreprises ayant la taille critique qui leur permettrait de concurrencer leurs homologues étrangères. Il en est de même dans le domaine comptable, le diplôme d'expert-comptable requiert de 7 à 8 ans d?études contre 5 à 6 dans les autres pays. Un rapport de l?IHS (Institut für Höhern Studien) pour la communauté européenne a établi un indicateur de barrières à l?entrée tenant compte des exigences de diplôme, des voies d'entrée, des numerus clausus, de la possibilité de recourir à la publicité, etc. pour quelques professions. On peut voir, dans le tableau ci-dessous, que dans deux secteurs où le Royaume-Uni détient des positions fortes, la comptabilité et les professions juridiques, les barrières à l?entrée sont moindres qu?en France.
| Pays | Professions comptables | Professions juridiques | Architectes | Ingénieurs | Pharmaciens |
|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 6,1 | 6.5 | 4.5 | 7.4 | 5.7 |
| France | 5,8 | 6,6 | 3,1 | 0 | 7,3 |
| Italie | 5,1 | 6,4 | 6,2 | 6,4 | 8,4 |
| Royaume-Uni | 3,0 | 4.0 | 0 | 0 | 4.1 |
| Suède | 3,3 | 2,4 | 0 | 0 | 12 |
Dans le domaine du commerce, le rapport Cahuc & Kramarz[74] cite une étude de Marianne Bertand et Francis Kramarz[75] ainsi que des articles d?auteurs de différents pays tendant à montrer qu?une plus grande ouverture des hypermarchés est à la fois créatrice de plus d?emplois et de baisse des prix. Ici, ce qui est très clairement visé, c?est la loi Royer de 1973 qui d'après ces économistes aurait coûté 1 300 emplois par an. Par ailleurs, on estime que la loi Galland a conduit à un surplus d'inflation de 0,1 à 0,2 point par an[76] (voir Secteur de la grande distribution).
[] Le marché du travail
Le marché du travail n?est pas figé : pour Pierre Cahuc[77] chaque jour environ 10 000 emplois sont détruits et 10 000 emplois emplois sont créés. Ce phénomène de destruction / création à la Joseph Schumpeter n?est pas spécifique à la France. Pour Pierre Cahuc il y aurait quelque pertinence à invoquer une loi des 15 % qui s?énoncerait de la manière suivante : « à l?échelle d?une nation, chaque année environ 15 % des emplois disparaissent et chaque année environ 15 % d?emplois nouveaux apparaissent »[78]. Toutefois les spécificités du marché du travail français et notamment sa forte segmentation ont conduit récemment Claude Picart[79] à diviser par deux les flux d'emplois estimés par Pierre Cahuc. La loi des 15 % valable aux États-Unis deviendrait en France celle des 7 à 8 %. Cette forte volatilité du marché du travail pousse les économistes à mettre en cause les barrières à la sortie liées notamment à la complexité et à l?insécurité juridique des licenciements économiques et à préconiser des incitations et des aides pour les personnes entre deux emplois (notion de flexicurité). Si sur le dernier point la commission pour la libération de la croissance française[80], semble adhérer pleinement à la sécurisation des parcours professionnels, concernant le premier point, elle préfère s'en tenir à « anticiper et négocier pour faire du licenciement économique un ultime recours »[81] et à la rupture amiable du contrat de travail[82]. Sur ces points l'accord du 11 janvier 2008 sur la modernisation du marché du travail semble en ligne avec leurs préconisations. Si pour Gilles Saint-Paul[83] il s'agit d'une réforme globalement positive, Francis Kramarz
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